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, Mr Minh cherchait à comprendre, mais bien saisir les paroles d'une chanson qui n'est pas de sa propre langue est toujours assez ardu -et il valait mieux qu'il en soit ainsi

, Après quelques jours de présence dans notre prison, nous arriva un individu curieux

. Européen, visage aux traits grossiers, il avait une bonne carrure tout en étant presque aussi maigre que nous l'étions devenus. Il déclara se nommer HUGUENER et être ancien légionnaire. Emprisonné à Vinh, disait-il, en 1946, puis libéré sous surveillance pour assurer des services médicaux et dentaires dans cette zone contrôlée par les Viets depuis la fin de la deuxième guerre, il avait été ré-emprisonné pour manque de docilité et parvenait « chez nous » au terme d'une longue marche. D'emblée, il suscita la méfiance générale et chacun surveilla ses propres conversations en sa présence. Il était visiblement un « dur à cuire », car je me rappelle qu'après avoir eu l'arcade sourcilière éclatée par un retour de manivelle du treuil de notre puits

, Revenu clandestinement en Indochine, il s'est installé effectivement en zone contrôlée par les Viets, mais pas à Vinh (à Phan Tiet, semble-t-il). Il se nommait en réalité PECHARD 886 et, arrêté par les Viets sous l'accusation (vraie ou fausse) d'espionnage au profit des Français, il avait fini par atterrir à Cho Chu où, pour se racheter, il devait jouer le rôle de « mouton » parmi nous. Lorsque nous fûmes sortis de prison, il y demeura. Assez disparate, l'armement individuel comportait pour les unités d'assaut, le plus souvent, un pistolet-mitrailleur, soit de modèle tchèque dit « Skoda », à chargeur circulaire de type « camembert », soit de modèle français « MAT 49 ». Les grenades étaient chinoises, munies d'un manche court et d'une mise à feu à friction. Les officiers -qui ne portaient aucun insigne de grade ni aucune marque pouvant les distinguer d'autrui -et les cadres politiques, Georges et Armandi s'occupèrent de lui, lui donnèrent à boire et le couvrirent de tout ce qui pouvait l'empêcher de grelotter

, En ce qui concerne les Bô Doïs qui nous ont servi d'escorte par la suite, l'armement était beaucoup plus disparate encore, et comportait, outre des mitraillettes, des fusils assez différents (Mausers allemands, fusils chinois, russes

, Une telle diversité devait compliquer quelque peu les ravitaillements en munitions

L. Bô-doï, Viet Minh avait un souci maladif du camouflage. D'une manière générale, chaque Bô Doï savait parfaitement utiliser le terrain et se fondre avec lui, il savait se déplacer dans le silence, il avait une tenue qui, pour rustique qu'elle fut, était d'une teinte adaptée à la jungle

, J'ai déjà évoqué la crainte des avions qui conduisait à éteindre tous les feux dés qu'un bruit de moteur se faisait entendre dans le ciel et provoquait la mise à couvert immédiate des hommes et des matériels. Comme je l'ai mentionné plus haut dans mon récit, chaque camion était muni d'un cadre en bambous de forme rectangulaire, coiffant le véhicule et formant une sorte de plafond, Mais c'est surtout dans le domaine du camouflage aux vues aériennes que cette armée était passée maîtresse

, Au dessous de ces arceaux, il y a beaucoup de place, mais, vue du dessus, le couvert est assez dense. C'est pourquoi, à l'arrivée dans ce bois, nos camions s'engagèrent entre les touffes et se garèrent grossièrement « en épi ». Immédiatement, chaque conducteur, aidé d'un Bô Doï,fit basculer son ou ses fûts de 200 litres de carburant à terre, les roulant assez loin du véhicule pour des raisons évidentes de sécurité dans l'éventualité d'une attaque aérienne. Ceci fait, chacun sortit sa roue de secours et, au moyen de celle-ci, se mit en devoir de prolonger les traces de roulement laissées sur la piste, et cela, sur plusieurs centaines de mètres. Revenant ensuite à son camion, le chauffeur saisissait la pelle du lot d'outils et raclait les traces qui divergeaient en oblique vers l

, La logistique du Viet Minh La logistique des Viets a été sans doute pour moi le plus grand sujet d'étonnement et

, En effet, lorsque, comme bien d'autres camarades, je me suis trouvé prisonnier, les combats ont cessé, mais l'effort logistique de l'ennemi ne s'est pas tari pour autant. C'est ainsi que, durant quelques sur laquelle s'affairaient quelques européens (déserteurs ou « volontaires?). Le tout, installé sur une crête

, L'artillerie des Viets

, Toutefois, le profane que je suis ne peut oublier la supériorité écrasante des feux d'artillerie de l'ennemi. Doté des mêmes canons que nous (des 105 « H.M. 2 » de fabrication américaine), il en avait de toute évidence beaucoup plus que nous. En outre, il savait s'en servir. Enfin, l'inefficacité de la contrebatterie que tentait d'effectuer notre pauvre et unique batterie de 155 mm prouvait que les pièces étaient bien protégées, N'étant pas moi-même artilleur, je me garderai de prétendre formuler des opinions valables sur ce sujet

, Je ne sais si la chose a été tranchée aujourd'hui. Quoi qu'il en soit, après tractage par véhicule, les pièces des Viets ont été démontées et transportées par éléments dans la montagne jusqu'aux emplacements de tir

, Je me contenterai ici de trois : ? Tout d'abord, la lutte menée contre nous était celle d'un système cohérent. Elle était animée par une volonté sans faille et n'avait qu'un seul objectif : gagner. De notre côté, en revanche, au niveau gouvernemental tout au moins, il s'agissait de se débarrasser le moins mal possible d'un conflit qui avait trop duré. Au niveau national, cette guerre n'intéressait personne : elle était l'affaire des seuls Militaires de métier et, pis encore, pour un certain nombre, elle était la « sale guerre, Au total, la machine de guerre du Viet Minh, telle que je l'ai entrevue en son état de 1954, doit porter à la réflexion en de nombreux domaines

, Il fallait ménager les munitions et les matériels, et privilégier le « système D ». Ce n'est qu'après l'entrée en scène du Général de Lattre à la suite du désastre de Cao Bang, que l'aide américaine a commencé à changer la face des choses, mais trop lentement : au moment de la bataille de Dien Bien Phu, le potentiel total de notre aviation militaire de transport n'excédait guère la centaine d'appareils, des C 47 « Dakotas » qui, au dire des aviateurs, étaient au demeurant de bons avions, bien adaptés. Par ailleurs, les réticences de notre pays ont toujours conduit à limiter les effectifs engagés : il était hors de question d'impliquer des personnels appelés sous les drapeaux sauf s'ils faisaient acte de volontariat, les premières années de l'après-seconde guerre mondiale, les armements et les équipements les plus disparates coexistaient au sein du Corps Expéditionnaire : britanniques, français d'avant-guerre, américains, australiens, voire chinois ou japonais

, Nguyen Vô Giap, présent physiquement sur le terrain, redoutable de clairvoyance et d'efficacité, ayant une connaissance parfaite de son ennemi, entouré d'assistants enthousiastes et bien rodés. Et, élément important, un combat se déroulant « chez soi, ? Ajoutons à cela la disparité entre les Etats-Majors respectifs des deux armées en présence. Chez les Viets, un Commandant en chef

, Tout y doit contribuer : l'endoctrinement, l'autocritique (déjà citée), l'agitation, qui consiste à orienter toutes les conversations vers des sujets « politiquement utiles », l'émulation permanente où les meilleurs sont proposés en exemple et, à l'inverse, les médiocres sont « montrés du doigt

?. Mais, est aussi un homme soumis à une terreur constante dés lors que tout acte répréhensible est, comme cela est dit plus haut, objet de « punition

, Il respecte les règles d'un « honneur socialiste » qui se distingue fondamentalement de l'honneur « bourgeois », et s'y oppose le plus souvent. La règle de base du « Code de l'honneur » en question est la primauté absolue de la cause sur l, L'honneur socialiste Cet homme nouveau se réfère à un nouveau barème de la considération et du mépris

. Il and . Fait, Il est aisé de montrer l'hypocrisie des « biens pensants » et, dés lors, de vanter la supériorité d'un honneur qui veut faire régner une « justice de classe ». Le prolétariat -dont l'armée du Viet Minh se voulait et veut encore à la fois l'émanation et le rempart -est, par essence, vertueux. Il se refuse à exploiter les faibles, mais cherche au contraire à les faire progresser vers le bonheur (terrestre, évidemment, l'athéisme étant un postulat). Il oeuvre pour un meilleur accès de tous à la culture, il bannit les vices, il refuse l'avilissement de l'argent. Il exècre la paresse, la mollesse, l'égoïsme, et il s'investit par conséquent corps et esprit dans la lutte pour l'avènement de la société idéale, qui sera sans classe, facile de citer des contradictions -non dans l'honneur traditionnel proprement dit ni dans les vertus auxquelles il se rapporte -mais dans sa pratique courante

, A noter aussi que les canons du Vrai, du Beau et du Bien ne sauraient être que radicalement différents : le manichéisme marxisme-léniniste touche tous les domaines

, Au plan international, la lutte est implacable contre les colonialistes, les militaristes, les revanchistes et les agresseurs de tout poil. Le gouvernement Vietnamien de l'ex-empereur Bao Daï n'était jamais cité, en 1954, autrement que comme « gouvernement fantoche, Un langage nouveau De tout cela découle logiquement un langage particulier, fait de noms et de qualificatifs qui surgissent dans la conversation courante comme des réflexes conditionnés

, Pour bien se démarquer du langage « bourgeois », une république est ici « démocratique » ou « populaire ». Cela pourrait, chez nous, sembler redondant, mais dans ce monde -et donc chez les Viets, on ne sourit pas. Du reste, ce volapük est devenu un automatisme et, de plus, on n'a aucun sens de l'humour. C'est ainsi que l'armée du Viet Minh, devenue aujourd'hui l'armée du Vietnam, fort nombreuse, bien entraînée, en recherche constante d'un équipement et d'un armement SITUATION GEOGRAPHIQUE ET IMPLANTATION Avant l'opération de Novembre 1953, Dien Bien Phu était une bourgade du pays Thaï établie au bord d'une petite rivière au cours sinueux et rapide, la Nam Youm. (Phénomène curieux, ce cours d'eau, par l'intermédiaire de la Nam Noua et de la Nam Ou, A l'opposé, chez les « bons », il n'est question que de démocratie, de lutte pour la justice et (ou) la liberté, de coopération et d'amitié entre les peuples

, par des sommets montagneux offrant, par rapport à elle, des dénivelées assez importantes. Elle est, en ce qui la concerne, parfaitement plane, à l'exception d'une série de mamelons situés sur la rive Est de la Nam Youm. Son sol est constitué par une argile jaune-ocre très friable et ne renferme aucun élément de roche dure ; on ne saurait donc y trouver d'autres matériaux de construction que la terre et le bois. Du point de vue climatique, l'aspect est tropical avec une saison sèche et une saison humide, sans l'influence du golfe Tonkin (pas de crachin comme dans le delta). Ces deux saisons sont séparées par une saison de transition faite d'orages et qui débuté fin Mars. Ce climat tropical est altéré par le relief et prend une allure montagnarde

C. Dans-ce, On peut dire que l'ensemble a revêtu sa physionomie définitive vers le début de janvier, en dépit d'un développement apparemment peu cohérent, ce qui a constitué une gêne considérable pour l'exécution du réseau filaire. Le schéma ci-après s'efforce de replacer les divers éléments et points d'appui tels qu'ils se présentaient au moment de l'attaque du 13 mars. Exécuté de mémoire, comme du reste la totalité de cet exposé puisque aucune archive ne demeure, il est très possible que des erreurs s'y soient glissées surtout au point de vue exactitude du dessin. Il n'y a pas d'erreur dans les noms de points d'appui. LIAISON RADIO L'exploitation radio au cours de la bataille de Dien Bien Phu a été intensive et constante, s'écoulant par des liaisons internes aussi bien que externes. De plus, les appareils utilisés sont relativement modernes, l'élément essentiel qui semble avoir déterminé l'implantation du camp retranché est l'existence d'une piste d'aviation de construction japonaise, susceptible, à l'origine, d'extension et d'amélioration

, Les liaisons internes sont calquées sur l'organisation de la défense, celle-ci est articulée en : ? Un sous-secteur Est ? Un sous-secteur

L. Limite-entre-le-sous-secteur-est, N. Le-sous-secteur-ouest-est-Évidemment-le, and . Youm, Dans la pratique, les deux sous-secteurs de Dien Bien Phu et le G.A.P. 2, très rapprochés du P C R n'entrent jamais dans le réseau AN/GRC 9. Par contre, le point d'appui Isabelle, éloigné de près de 5 kilomètres à vol d'oiseau et séparé du PC par une joue de forte absorption, ne peut être relié que par postes AN/GRC 9 (encore, cette liaison laisse-t-elle souvent à désirer

E. Fait and L. Réseau, AN/PRC 10 ne figure que pour mémoire, le PC seul assurant une veille en période de crise en vue de suppléer au téléphone défaillant

, Avec le nombre d'unités entassées dans la cuvette, une même fréquence, un même « channel » de SCR 300 ne peut se trouver répété. L'AN/PRC 10, avec une gamme plus étendue, apporte une solution. Mais son emploi n'est pas complètement généralisé. En fait, les bataillons qui en sont dotés se voient attribuer des fréquences appartenant à la gamme non commune aux deux postes. Il peut sembler surprenant que la gamme du SCR 300 qui comporte 40 « channel » théoriques de transmission se trouve insuffisante dans le cas envisagé. Mais il faut compter -outre le channel 16 spécialisé pour les liaisons terreavion-avec les réseaux... de l'adversaire qui utilise les mêmes appareils et qui, non destinataire de l'OBT, se trouve souvent sur une fréquence dûment affectée !!! Une expérience visant à mettre tous les postes d'un même bataillon sur la même fréquence ayant donné des résultats satisfaisants, cette pratique tend rapidement à se généraliser, surtout dans les bataillons parachutistes. Or, ceux-ci utilisent des AN/PRC 10 jusqu'à l'échelon section et, contrairement à ce qu'on pourrait craindre, l'exploitation d'un tel réseau ne donne pas lieu à trop de « cafouillage ». De plus, l'intérêt évident du système est de renseigner directement le chef de bataillon. Le PC du G O N O lui-même était apte à suivre au fur et à mesure tout le scénario de l'action engagée grâce à un pupitre d, Tous ces réseaux sont équipés, soit en AN/PRC 10, soit en SCR 300. La dotation des bataillons en nouveaux matériels n'est en effet pas terminée

, Ce qui est pis, ce sont les conditions de relief rappelées plus haut. Le site est relativement encaissé, surtout dans le sens d'un rayonnement Ouest Est. Les conditions sont donc assez difficiles et il n'est guère question de faire usage de postes puissants, lesquelles poseraient le problème de leur alimentation. A cet effet, c'est encore au absolue : à condition d'utiliser les voies 2, 3 ou 4 des CF 1 en service, il y avait transposition, ce qui était un gage relatif de sécurité (les interrogatoires que j'ai subis durant ma captivité ont, L'élément essentiel des réseaux extérieurs est le PC des FTNV (Forces Terrestres du Nord du Viet Nam) à Hanoï. Or, Hanoï se trouve, à vol d'oiseau, à une distance approximative de 300 kilomètres

, il est hors de question de faire usage des câbles hertziens en raison de la distance à franchir. Les ondes VHF utilisées ont en effet une fréquence comprise entre 70 et 100 mégacycles et se propagent sensiblement en ligne droite. Une telle liaison n'est possible que si les deux stations sont à vue presque optique

, AZ 13, dont le rôle est de brouiller la modulation avant l'entrée de l'émetteur, et, inversement, de « débrouiller » à la sortie du récepteur. Le système consiste par un jeu de filtres adéquats à découper l'amplitude du courant de modulation, puis à mélanger selon diverses combinaisons commandées par l'opérateur. Le résultat est un bredouillis absolument inintelligible. L'usage de l'appareil implique une liaison en double, ce qui est réalisé ici au moyen de deux fréquences suffisamment éloignées. Aux yeux de l'usager, tout se passe donc comme s'il

, Tous ces facteurs risquent de compromettre la liaison, et celle-ci est considérée à juste titre comme essentielle pour le commandement. Il est donc mis en jeu une puissance plus considérable à l'émission : Un BC 191 est utilisé avec une alimentation comprenant un PE 75 (115 volts alternatifs) et un redresseur RA 34. L'antenne d'émission est particulièrement soignée et comporte un contre-poids, l'écart entre antenne et contre-poids étant réglé par tâtonnements. Notons que cette antenne est, elle aussi, fréquemment détruite et réduite à des dispositifs de fortune quand les « matraquages » de l'artillerie ennemie sont par trop violents. Pour tenter d'obtenir une puissante antenne supérieure, un BC 610 est demandé. Il nous est parachuté vers le 20 mars. Hélas, le mauvais conditionnement du colis cause une destruction quasi totale de l'appareil. Après demande de pièces détachées, reçues par la même voie, nous remontons un 610 qui fait bonne figure. Malheureusement, très vite, le transfo haute tension se trouve grillé et tous ceux qui nous sont envoyés en remplacement tombant chez l'ennemi, force est de se limiter au BC 191. Pour ce dernier, les acrobaties ne sont pas moindres : ce matériel, 'abonné d'Hanoï traversent en outre un ou plusieurs centraux, cet affaiblissement est encore accru. De plus, le niveau particulièrement élevé des atmosphériques dans la cuvette diminue beaucoup le pouvoir réceptif

, Vers la fin de la bataille, les redresseurs en service ont un aspect baroque en raison des réparations qu'ils ont subies

, Je pense notamment à celles de l'Artillerie, du Génie, etc... L'artillerie possède un réseau interne très étoffé reliant les D.L.O., les groupes, et un P.C. « feux » remarquablement aménagé. Génie et Artillerie disposent en outre chacun d'une liaison radio sur Hanoï. Avant le 13 mars 1954, ces liaisons sont strictement interdites afin de contrôler l'ensemble du trafic qui sort du G O N O. Par la suite, elles sont tolérées car elles constituent, Pour être complet, il conviendrait de faire état d'autres liaisons dont l'exploitation n'incombe pas aux Transmissions

, Comme il a déjà été dit plus haut, les moyens filaires mis en place par les parachutistes ne suffisent pas et sont inadaptés à l'extension que prend le groupement opérationnel

. D'une-part, ennemi s'annoncent puissants et il s'agit en conséquence de mettre les circuits à l'abri des effets de projectiles des mortiers et même des canons allant jusqu'au 105. D'autre part, et bien qu'un ensemble de réseau radio relie toutes les unités, il importe que la liaison par fil soit sûre, qu'elle constitue un élément sur lequel on peut absolument compter. Le téléphone est en effet particulièrement précieux pour le chef auquel il permet d

, Pour rendre l'ensemble aussi peu vulnérable que possible et en fonction des moyens et de la rapidité d'exécution requise, il est prévu que les torons seront enterrés dans des saignées profondes de un mètre en moyenne. Les chambres de coupure elles-mêmes seront enterrées. Seules les lignes d'abonnés ne seront enfouies qu'à une profondeur de 40 à 50 centimètres. Pour garantir la sûreté des liaisons téléphoniques au moyen de ce réseau, un maillage maximum sera réalisé. Ce maillage est évidemment facile à l'intérieur du dispositif parfaitement contrôlé, mais impossible entre points d'appui éloignés. Par exemple, vers le début du mois de Mars, une tentative pour relier directement le P.A. Gabrielle au P.A. Béatrice échoue en raison de l'insécurité de la zone qui sépare alors ces deux points d'appui. L'équipe de reconnaissance se fait tirer et les avatars rencontrés sur les circuits reliant Dien Bien Phu à Isabelle font prévoir les mêmes difficultés sur cette rocade de fil. Les lignes d'Isabelle -l'une, empruntant la RP41 bis (rive Est de la rivière), l'autre, la piste dite du « bulldozer » par la rive Ouest de la Nam Youm -bien qu'enterrées, La conception d'ensemble découle de ces exigences. Le réseau comporte d'une part un ensemble de torons constituant l'ossature du système et reliant différentes chambres de coupure. D'autre part, à partir de ces chambres de coupure sont tirés les circuits des abonnés

, Mais alors, se pose un problème d'ordre psychologique : Marocains et Algériens ne daignent plus travailler sur un chantier où se trouvent également des P.I.M. : leur mentalité d'Arabe est trop consciente de allant vers ce P.A. traversent en effet une zone totalement incontrôlée à partir du 23 Mars et, seule, demeure une liaison radio en poste AN/GRC 9. J'ai dit précédemment que cette liaison est toujours médiocre. Seules, les Artilleurs avec des postes SCR 608 et une antenne parapluie semblent avoir des relations correctes et souvent exploitables avec le groupe de 105 qui s'y trouve. Les liaisons du camp retranché se bornent à ce que nous venons de voir. Le commandement du Viet Minh restera pourtant persuadé que nous utilisions des téléimprimeurs, La réalisation de tout ce système est ensuite fort longue, commencée début janvier, elle se terminera tout à fait seulement le 11 Mars, soit l'avant-veille du déclenchement de l'attaque. Les moyens mis en oeuvre sont en effet très limités

G. O. , En l'occurrence, il n'a pas été établi de distinction entre ce que l'on nomme généralement « bureau du courrier » et « régulation » : le bureau du courrier est en principe un organe de l'Etat-Major tandis que la régulation est un organe des Transmissions. Les deux ont été groupés en vue d'éviter les délais de transmission, tant au départ qu'à l'arrivée, les complications d'enregistrement, et une accumulation superflue de personnel. Simplement, l'un s'occupant des messages au « départ, REGULATION ET CHIFFRE Au cours de l'opération « Mouette » (octobre/novembre 1953) à laquelle j'ai personnellement participé, dans les transmissions

, Il semble qu'il en doive résulter des pertes de temps. Pourtant, il n'en est rien car, en période de crise, le bureau du courrier est largement court-circuité par les auteurs de messages et un télégramme urgent est rapidement remis à son destinataire. On peut regretter toutefois que la formule de « Mouette » n'ait pas été reprise. Le trafic, en période de pointe, est monté à des valeurs élevées qui auraient justifié une régulation « départ » et une régulation « arrivée ». La moyenne quotidienne s'équilibre entre 100 et 200 messages dans chaque sens, auxquels s'ajoutent quelque 500 télégrammes privés, Ce système très approprié à l'exploitation d'un centre important offre de nombreux avantages. Il n'est cependant pas utilisé à Dien Bien Phu. L'État-Major du G O N O semble très jaloux de son bureau du courrier et n'entend pas céder sur ce terrain

, Un autre planton est nécessaire pour effectuer les liaisons indispensables entre les différents postes. J'ai dit plus haut que le système de tranchées était initialement peu étoffé. Cette situation ne s'améliore que lentement et complique singulièrement la tâche du planton. Certains messages urgents sont à envoyer à Hanoï en pleine préparation d'artillerie : il est hors de question de les mettre en instance et le planton n se met en route. Tous effectuent ce métier avec le sourire et dans un esprit très sportif : il s'agit d'un « parcours du combattant », le plus réel qui soit, fréquemment ponctué de plaquages au sol, véritable partie de cache-cache avec les obus. A partir du 21 Mars, l'ennemi tient les pitons « Dominique 1 » et « Dominique 2 » et domine la position à faible distance, la harcelant sans cesse au 75 sans recul et aux grenades à fusil. Ses tireurs d'élite ajustent un tir précis et surtout personnel, qui se montrent à découvert. La tâche du planton n'en devient que plus délicate, D'autre part, les moyens de liaisons, quels qu'ils soient sont dispersés pour répondre à des impératifs de sécurité et surtout pour éviter la saturation mutuelle des postes radio

, Si les liaisons filaires deviennent inutilisables, il reste un recours sous la forme d'un poste radio AN/PRC 6 prêt à l'emploi à portée de son utilisateur éventuel. Chaque abonné du HD 72 cité ci-dessus détient un poste identique, (ces postes mis en place peu avant le 13 Mars sont destinés à remplacer les SCR 536. Malheureusement, nous ne disposons que de quartz 51 MH et sommes obligés d'en interdire l'emploi dans les bataillons sous peine d'un monstrueux cafouillage). Ainsi, est ménagée en dernier ressort, Le cas est cependant prévu où aucun personnel ne serait plus immédiatement disponible : un petit central HD 73 est installé sur la table du régulateur et le relie avec tous les postes radio, la station réception -AZ 13

, En dépit de ses effectifs, le chiffre parvient difficilement à coder les messages qui lui sont confiés. Cependant, il est fait un large emploi de la décomposition des télégrammes en plusieurs parties, confiées simultanément à plusieurs chiffreurs. De plus, ceux-ci travaillent jour et nuit, prenant très peu de repos, conditions qui diminuent un peu le rendement qu'il serait légitime d'attendre d'une équipe aussi nombreuse. Fort heureusement, la liaison en radio téléphonie système AZ 13 est d'un précieux secours et lorsqu'elle n

, En temps ordinaire, l'OBT est rédigé et tiré à Hanoï, ce qui constitue une garantie d'homogénéité entre les divers ordres analogues du Tonkin et un allègement pour les Transmissions du G O N O. A partir du 13 mars 1954, il n'en va plus de même puisque aucun avion régulier ne se pose et qu'il n'est pas question de confier ces documents au hasard d'un parachutage. Force nous est donc de rédiger l' OBT sur place , ce qui serait facile si nous disposions des éléments voulus, éléments que l'on puise normalement dans l' OBT de l'échelon supérieur -dans ce cas celui des F.T.N.V. -Il faut en conséquence que le commandement des Transmissions à Hanoï nous communique à l'avance les éléments indispensables, chose contraire à tous principes, mais inévitable ici. Initialement, ces données sont chiffrées scrupuleusement ce qui est un travail fastidieux et long. Puis, étant donné que l'on accorde de sérieuses garanties de secret à l, Il convient de grouper dans la même rubrique générale les problèmes qui se sont posés au chef de centre, et notamment, celui de l'ordre de base pour les Transmissions, vol.13

, Mais l'expérience vient montrer, qu'à Dien Bien Phu plus qu'ailleurs, les clefs de camouflages sont ignorées totalement par ceux qui les devraient utiliser et il faut avouer que la chose est parfaitement admissible puisqu'il s'agit d'actions violentes où le Chef n'a pas le temps d'utiliser un procédé qui demande du temps et de l'attention. Cependant, il en résulte une certaine anarchie dans l'utilisation de la radiotéléphonie et les indiscrétions foisonnent dont certaines sont payées très cher : dans la première quinzaine d'avril, le 2e B E P qui vient d'être parachuté, est engagé pour une contre-attaque sur un point d'appui de Huguette situé en bordure Ouest de la piste d'aviation. Une compagnie de ce bataillon, très durement éprouvée, parvint à se regrouper, mais le terrain du moral très bas de l'adversaire. Un chef de bataillon refuse nettement d'y prendre part et il est regrettable que cette zone de rizières soit alors inondée et gêne notre contre-attaque, qui aurait pu remporter un succès considérable. L'ennemi, au cours de ces liaisons, se montre d'une discrétion remarquable, et il convient de rapprocher de ceci ce que j'ai dit plus haut de nos propres réseaux. Il utilise un code, sorte de jargon, où chaque terme a un équivalent. De plus, il fait preuve d'une remarquable discipline : en premier lieu, tant que le téléphone est en état de fonctionnement, le silence radio le plus strict est observé. Cependant, très rapidement, notre artillerie cause des dégâts dans les réseaux filaires et les réseaux s'ouvrent. Mais là encore, règne une discipline sévère, Ceci est scrupuleusement suivi et jusqu'à la fin, la pièce périodique ayant aux procédés de camouflage est publiée avec constance

, les mêmes termes sont repris, mais chacun est affecté d'une signification différente. De plus, les indicatifs sont immuables (ce sont des noms de villes : Hanoï, Cha Pa, Son Tay, Lang Son, etc...) mais représentant à tour de rôle diverses unités. Il ne semble pas qu'il existe un distinguo entre indicatif de liaison et indicatifs d'autorité. Pour saisir ces conversations, nous ne saurions nous contenter d'un opérateur quelconque pourvu qu'il parle la langue, encore faut-il qu'il soit capable de restituer avec fidélité

, Ainsi, s'affirme tout l'intérêt que présentent les écoutes de contact, précieuses sources de renseignements pour le Commandement. Mais les indications recueillies nécessitent généralement une exploitation immédiate, puisqu'elles proviennent d'échelons peu élevés. Il ne semble donc pas qu'il soit nécessaire d'en trop centraliser les résultats (je pense encore à quelques contre-préparations d'artillerie dont j'ai parlé plus haut

, Une telle méthode serait plus constructive. Il me manque malheureusement l'expérience indispensable, puisque je ne puis faire état que d'opérations effectuées dans le Delta du Tonkin, opérations qui avaient un caractère de guerre de mouvement, et étaient très loin d'atteindre une telle violence. La plupart des problèmes prenaient une allure de facilité, il était loisible de mettre en oeuvre des moyens importants et jamais une telle somme de complications ne s'était trouvée réunie. Or, s'il est fait appel à l'histoire militaire récente, Cette étude n'échappe pas à un défaut : celui d'être fatalement incomplète. Je n'ai voulu que chercher à montrer quelques-unes des leçons essentielles que l'on pouvait retirer de l'emploi des Transmissions dans cette bataille

. -«-poitevin,

. -«-ce, Or, notre armée n' a plus rien à voir avec celle du Second Empire, et je vois mal notre officier reprendre le harnais sans éprouver des difficultés insurmontables de réadaptation

L. Ministre,

-. , Poitevin un long entretien. C'est un homme d'une intelligence très au-dessus de la moyenne, et la foule de choses auxquelles il s'est adapté au cours de ces quinze derniers jours, me laisse à penser qu'il est parfaitement capable de se recycler totalement en quelques mois. Toutefois, pour lui faciliter la tâche, j'ai prévu de lui adjoindre une sorte de mentor. Général, dit-il en se tournant vers le Chef de la D.P.M.A.T., c'est vous qui allez me trouver ce mentor : vous choisirez un Commandant des Troupes de Marine qui, dans un premier temps, sera détaché pendant 3 mois sans autre but que de mettre Poitevin au fait de notre armée moderne. A l'issue de cette période, et si -comme je le pense -tout a bien marché, vous affecterez ces deux officiers dans le même Corps

L. Commandant-philippet-n'en-croyait-pas-ses-oreilles-;-convoqué-À-paris and L. D. Par, Au lieu de s'engouffrer tout de suite dans la bouche du métro Solférino, il arpentait le boulevard Saint-Germain en s'arrêtant parfois pour regarder son image dans les vitrines, s'assurer qu'il était physiquement là et qu'il ne rêvait pas. Cette histoire était profondément invraisemblable et il était bien difficile d'y croire. Mais à la réflexion, quelle importance ? Cela avait tout de suite l'attrait de l'inédit et, quant au fait de quitter brutalement son poste au 4e Bureau de la 21e Brigade Mécanisée, cela ne lui déplaisait pas : il n'avait jamais éprouvé de vraie passion pour le travail d'EtatMajor et, d'autre part, il était toujours célibataire et un déménagement ne constituait donc pas un souci. De plus, on lui laissait la plus large initiative : tout d'abord, pendant ces trois mois, il mènerait l'affaire comme il l'entendait. Après.... eh bien ! Après cela se corserait, car il faudrait rejoindre un corps de troupe avec cet individu et, là, lui éviter les faux pas tout en demeurant dans une ombre relative

, Philippet se gratta l'oreille. C'était bien là la grosse difficulté. Les gens, souvent curieux, ne manqueraient pas de chercher à savoir d'où venait ce nouveau Commandant, quels étaient ses antécédents proches et lointains

, Diable ! Il y avait aussi le problème de l'annuaire. Pas simple, celui-là ! Il allait falloir y réfléchir

, Il avait choisi le « REGENCE », à cause de son cadre « Belle Epoque » et, au diable l'avarice chez un célibataire ; après l'apéritif, il avait commandé un dîner fin. Ils en étaient à terminer un cuissot de chevreuil qu, 1964.

. -«-c, est moins difficile que tu ne l'imagines ; le plus dur, cela a été les premiers jours ; automobiles, costumes, métro, avions, électricité, tout était pour moi découverte. Mais j'ai pris le parti de ne pas m'étonner et finalement je vis une expérience passionnante qu'aucun homme ne peut imaginer

-. Philippet, Si tu veux bien, dès demain matin, nous bâtirons un programme aussi complet que possible. Il nous faudra également penser aux problèmes matériels : solde, tenues, équipement, et je pense qu'une visite à la Direction Centrale de l'Intendance ne serait pas inutile pour régler tout cela

. -«-a-propos-de-tenue-reprit-poitevin, Philippet rit de bon coeur : -« Tous ces gens en civil sont, dans leur quasi-totalité, des militaires en activité. Toutefois, pour leur permettre de voyager plus à l'aise dans leur train de banlieue ou dans le métro, ils sont autorisés à venir travailler en tenue civile. » -« Comment cela, peut-être ma question te semblera-t-elle bien naïve

, Jacottet rougit malgré lui : -« Je veux dire que des personnes peuvent faire des réflexions déplacées, Voilà qui est bien étrange, dit rêveusement Poitevin

, Des réflexions déplacées de la part d'un pékin, voici quelque temps, cela se serait mal terminé pour le pékin

-. Oui, mais n'oublie pas que ce « quelque temps » représente en réalité une centaine d'années. Encore un peu de vin ?

, Intendance avait en personne reçu Poitevin et son mentor. Le Ministre l'avait mis dans la confidence, et il s'efforçait de résoudre l'épineux problème de la solde de ce revenant. -« Vous n'avez aucune qualification ? » -« Je pense, mon Général, en toute modestie, avoir fait mon devoir en toutes circonstances, mais il ne m'appartient

, Le système actuel de la solde prévoit de récompenser par des primes de qualification les officiers de niveau supérieur, comme ceux ayant suivi les cours de l'Ecole de Guerre

. -«-mon-général, De quoi s'agit-il ? » Le Commandant Philippet intervint rapidement : -« L'Ecole de Guerre, mon Général, n'existait pas encore en 1870, et Poitevin n'a pu en suivre les cours. » -« Bien sûr, bien sûr, je le sais, bougonna le Général, dont le regard fixait désormais le bord de son sous-main. Les officiers techniciens n'existaient pas non plus en ce temps-là -et d'ailleurs, vous ne pourriez être officier supérieur par cette voie -et vous ne semblez pas sortir du rang, Etes-vous au moins Saint-Cyrien ? » -« Oui

. -«-c, est heureux pour vous, cela vous donnera tout de même une prime de qualification

-. , Il semble que l'origine des officiers joue aujourd'hui un rôle très important et qu'il y ait les Saint-Cyriens, nantis d'une prime, et les autres. De plus, j'ai le sentiment qu'être ou non passé par l'Ecole de Guerre divise également le Corps des officiers en deux catégories, dont l'une -là encore -jouit d'une prime, et l'autre non. C'est capital d'être breveté de 'Ecole de Guerre ? » -« Encore beaucoup plus que tu ne l'imagines ? » -« Par conséquent, il y a 6 catégories d'officiers : les brevetés et les autres, les Saint-Cyriens et les autres, puis parmi ceux-ci, ceux qui sortent d'une Ecole d'E.O.A. et les autres, enfin parmi ces derniers, ceux issus du rang et les autres, 'avoue ne rien comprendre à tous ces problèmes » confia Poitevin à Philippet en sortant du bureau du Directeur de l'Intendance. «

L. , R. I. De-style, and «. P. , Pendant ce temps, Poitevin s'était attelé avec beaucoup de sérieux au problème de sa réadaptation à une armée n'ayant plus rien de commun avec celle qu'il avait connue autrefois, et Philippet avait été souvent étonné de la rapidité des progrès de son élève et de la pertinence des questions qu'il posait. Quelques voyages avaient complété le tour d'horizon, notamment à Coëtquidan et dans quelques grandes villes de France. Malgré tout, Poitevin était un peu inquiet en montant l'escalier du bâtiment sur le fronton duquel une superbe pancarte bleue et rouge indiquait qu'il s'agissait du P.C. Du Colonel. Dés l'entrée franchie, on avait l'impression de se trouver dans un sanctuaire ; un tapis recouvrait les marches, les secrétaires croisés dans le couloir s'y mouvaient à pas feutrés, était vaste et les bâtiments en étaient assez coquets, comme cela est fréquent dans les casernes d'Allemagne. Le Commandant Poitevin, qui venait de franchir le poste de police, flanqué de son inséparable Philippet, notait avec satisfaction l'aspect plaisant de l'ensemble. Trois mois s'étaient écoulés depuis la soirée du « Régence », trois mois au cours desquels les deux officiers étaient devenus de véritables amis

, Je ne tiens donc pas à ramasser d'éclaboussures, et il faut que chacun y mette du sien, dites-vous le bien ! » -« Cette obligation du temps de commandement est d'ailleurs une aberration : on devrait confier le commandement d'une troupe à un officier spécialisé dans la troupe. Or, moi, j'ai un profil d'EtatMajor. Du reste, tous les deux, je vous donne un conseil : quand votre temps de troupe sera terminé, ne restez pas un jour de plus et allez dans un Etat-Major : c'est là que l'on peut donner toute sa mesure. Car -entre nous -la troupe, c'est un métier de besogneux, Que voulez-vous dire au juste ? » demanda le Colonel brusquement en le fixant d'un oeil lourd. Poitevin prenait un air aussi neutre que possible. Cependant que Philippet se mordait la lèvre inférieure avec énergie pour ne pas pouffer. -«Bref, reprit le Chef de Corps après un pesant silence, je n'ai que très peu de temps à vous consacrer

, Poitevin décrocha le téléphone et appela la 3e Compagnie : -« Allo ! Ici le Capitaine RIVET, j'écoute ! » -« Bonjour RIVET ; ici, le Commandant Poitevin, de la Direction de l'Instruction. J'ai vu sur votre programme que cet après-midi, Après avoir jeté un coup d'oeil aux programmes d'instruction qui étaient affichés derrière son bureau

, Mes respects, mon Commandant, c'est exact, je me rends sur le plateau de WALDBERG avec toute ma Compagnie

, Je compte aller vous voir sur le terrain. Vous m'y présenterez votre exercice

, Puis Poitevin appela le service auto pour commander une voiture pour le début de l'après-midi

. -«-mais and C. Mon, vous savez qu'il y a bientôt les revues groupées et que j'ai l'ordre de ne laisser sortir aucun véhicule

, Mais c'est pour me rendre à 14 kilomètres d'ici sur

-. Le-waldberg and . Oui-mon-commandant,

, Poitevin raccrocha, puis appela le Chef des Services Techniques

-. Lassalle, J. 'écoute-!-»--«-mon-commandant, and . Ici-poitevin, Je demande une voiture pour aller voir une compagnie à l'instruction cet après-midi, et le Chef du Service Auto me dit que ce véhicule ne peut être accordé que par vous » -« C'est exact, avec les revues groupées, vous comprenez, nous ne pouvons pas laisser sortir les matériels comme cela, c'est pourquoi j'ai

, Cette prescription est impérative, et a d'ailleurs été approuvée par le Colonel. Je regrette

. Poitevin, Les quelques économies qu'il avait pu faire depuis son retour à la vie ne lui permettaient pas d'envisager l'achat d'une voiture. Du reste, au début, cela ne lui paraissait pas indispensable. Mais à mesure qu'il s'intégrait d'avantage au monde de 1971, il en percevait de plus en plus l'intérêt

-. Poitevin, je n'aime pas être dérangé par téléphone. Est-ce important ? » -« Oui, mon Colonel » et il expliqua ses difficultés

-. Cher, Si, de plus, sa décision est motivée par les revues groupées, alors je ne puis que l'approuver. Voyez cela avec lui, et évitez à l'avenir de m'importuner pour ce genre de choses ! » -« Doivent également rester à l'armurerie jusqu'aux inspections, mon Commandant ». -« Vos hommes manoeuvrent donc sans leur arme individuelle ? » -« Naturellement, mon Commandant ! » -« Dans ces conditions, répliqua sèchement Poitevin, il est inutile que vos hommes prolongent cette mascarade. Rappelez-les, regroupez-les et rentrez. Au fait, vous êtes en liaison avec vos éléments ? » -« Théoriquement, oui, mon Commandant. Le fanion bleu que vous voyez là-bas représente le poste radio qui

, Colonel qui dirigeait la cohorte des inspecteurs avait demandé que l'on réunisse tous les officiers supérieurs et les différents chefs de service pour qu'il leur adresse un petit mot. Il se flattait de procéder ainsi lors de chaque inspection, estimant qu'une présentation de matériels était l'oeuvre, non pas tant du Chef de Corps, que de multiples responsables. Poitevin s'était assis dans le fond de la salle, à côté de Philippet

. -«-messieurs and . Dit-le-colonel-inspecteur, il est rare que j'aie l'occasion d'adresser des félicitations lors de revues groupées, mais cette fois, c'est le cas, et je tiens à dire que vous m'avez présenté des matériels dont l'entretien était très bien assuré

, Au premier rang, le Colonel Martin souriait béatement et son regard semblait contempler un firmament rempli d'étoiles. Le Commandant Lassalle, Chef des Services Techniques, regardait dans la direction du Colonel. Le Colonel-Inspecteur continuait son discours et parlait maintenant du service du Matériel

-. Le, Service du Matériel est devenu très important : il englobe désormais les matériels que l'on considérait comme spécifiques de certaines Armes et je pense notamment au matériel des Transmissions. Demain, il deviendra peut-être le service Unique et englobera l'Intendance. Plus tard, qui sait, la moitié du personnel de l'Armée Française servira dans le Matériel

, Poitevin se leva aussitôt : -« Mon Colonel, dit-il, ne pensez-vous pas que le temps et l'énergie dépensés à la préparation de telles revues groupées soient quelque peu excessif ? En d'autres termes, ne pensez-vous pas que la flatteuse appréciation méritée par le régiment ait été obtenue au détriment de sa mission qui, en temps de paix, est essentiellement une mission d'instruction ? » Le Colonel Martin s'était retourné et foudroyait Poitevin du regard. Le Chef des Services Techniques lui, semblait pétrifié. Le visage du Colonel-Inspecteur par contre s'était épanoui : -« Comme je suis heureux d'entendre cette question ! C'est précisément en sacrifiant votre mission à l'entretien de vos matériels que vous avez parfaitement assumé votre rôle : je vous félicite d'avoir sacrifié votre mission au profit de l'entretien, Le Colonel-Inspecteur était visiblement pris par son sujet. Au bout d'un moment, il termina par une brillante péroraison, puis s'arrêta, triomphant et regarda la salle

, Quelques jours plus tard, le Commandant Philippet, à son réveil, trouva une lettre qui avait été glissée sous sa porte d'entrée

. «-mon-cher-philippet,

, Tu lui demanderas d'autre part de faire vérifier par une exhumation discrète que ma sépulture à Bazeilles (qui existe toujours pour ne pas rompre la belle harmonie de l'ossuaire) est désormais de nouveau occupée.« Mon aventure était exceptionnelle, sortait des limites de l'entendement et, pourtant, j'ai cru de bonne foi pouvoir sauter sans trop de difficultés un siècle et m'intégrer à l'Armée Française d'aujourd'hui. Hélas ! Force m'est de constater que, si mon apparence est restée celle d'un homme encore jeune et physiquement en forme, le dehors de moi-même est en fait âgé de 143 ans (un des premiers bouquins que tu m'as fait lire, t'en souviens-tu, était le « Portrait de Dorian Gray » ?)Aujourd'hui, je me sens très vieux et très las. Je crois que cette armée n'est pas la mienne. Ce n'est pas celle dont j'avais rêvé étant jeune, ni celle avec laquelle je partais à la conquête d'espaces infinis Outre-Mer, ni même celle -pourtant décriée aujourd'hui dans les manuels d'histoire -, dont j'ai eu le grand bonheur de commander un bataillon devant Sedan voici un siècle. Je crois, d'après les récits que tu m'as fait, que si j'étais sorti de ma léthargie 20 ans plus tôt, l'Armée que j'aurais trouvée dans les rizières de Cochinchine ou dans la jungle du pays Thaï, m'aurait collé à la peau comme un gant. Mais à celle de 1971, je me sens totalement inadapté. Je suis irrécupérable. Quoi qu'il en soit, je te remercie. Je te remercie pour tout ce que tu as fait pour moi, « Sans doute seras-tu fort surpris en lisant cette lettre. J'aurais pu me dispenser de l'écrire, et disparaître sans bruit et sans trace. Toutefois, les liens qui se sont créés entre nous au cours de ces quelques mois m'imposent de te donner les raisons de cette éclipse. En effet, je disparais du monde de 1971 et je retourne à celui qui est vraiment le mien, celui de l'ossuaire de Bazeilles

». De-carrière and L. Disait, Ceux qui critiquaient les structures poussiéreuses de l'Armée n'avaient peut-être pas tort mais force était de reconnaître que, depuis quelques temps, un effort louable était fait au profit des cadres. Vingt ans plus tôt, et à fortiori avant la guerre, c'eût été impensable. Un Officier pouvait passer toute sa carrière en ignorant comment il était noté, quelles chances lui étaient réservées, quel avancement il pouvait espérer

, Aussi, se replongea-t-il derechef dans ses réflexions. « Bilan de Carrière ». Cela sonnait clair dans son esprit. Bien plus, la Note de Service était engageante et précisait que l'on attendait de lui de faire connaître ses idées, que les entretiens qu'il aurait devraient prendre la forme d'un dialogue. Il ne put s'empêcher de noter au passage que ce terme de « dialogue » était décidément fort employé aujourd'hui : les parents dialoguent avec leurs enfants, les professeurs dialoguent avec leurs élèves, le patronat dialogue avec les syndicats et, dans tous ces « dialogues » chaque interlocuteur est résolument sourd aux arguments de l'autre. Allons, trêve de mauvais esprit, Il s'aperçut qu'il avait parlé tout haut et il regarda autour de lui. Mais le couloir était vide et les portes des compartiments toutes fermées

, Il était allé en Indochine comme tout un chacun, puis, avait effectué deux séjours en Algérie et avait connu la chance de servir presque sans interruption dans la Troupe. C'est pourquoi il s'y sentait à l'aise et appréhendait sourdement le moment où il lui faudrait accepter un emploi dans un service ou un poste de « rédacteur » obscur dans un État-Major. Cela le faisait frémir. En effet, au cours de vingt années de métier d'Officier, il avait assumé à peu près toutes les fonctions possibles dans un Corps de Troupe, hormis celle de « Chef de Corps » et il avait acquis, peu à peu, une méfiance maladive vis-à-vis des États-Majors et des services. Mais bah ! Il avait le temps d'y penser et, pour le moment, son poste de commandant en second d'un, ! Chef de Bataillon depuis 6 ans, Maury avait fait une carrière sans à-coup majeur

, Un mouvement spontané le fit s'approcher du petit éventaire où il acheta une demi-douzaine d'oeillets rouges. A peine ce bouquet acheté, il pensa qu'il allait en être fort encombré et que, de plus, il lui fallait encore effectuer le voyage de retour par le train du soir. Ses fleurs auraient sûrement triste mine en arrivant à Metz : Tout cela l'agaça et c'est d'un pas déjà moins assuré qu'il s'engagea dans l'escalier du métro. Une demi-heure plus tard, lorsqu'il franchit le portail du Ministère, un garde républicain, à forte moustache, le toisa d'un air à la fois sévère et ironique : « Monsieur, vous avez un laisser-passer ?, il flâna un peu et alla prendre le métro sur le boulevard de Strasbourg à la station « Château d'Eau

, Il se releva brutalement. Il venait de s'asseoir sur son bouquet de fleurs qu'il ne se rappelait plus avoir déposé là. Son premier geste fut d'expédier le bouquet à terre, puis il se ravisa et se dit qu'il ne l'avait pas apporté jusqu'à cet endroit pour y renoncer si facilement, Maury répondit par un grognement inarticulé et alla s'asseoir à la table

, il se trouvait devant un homme très soigné de sa personne, vêtu d'un costume civil bleu-sombre fort bien coupé. « L' Homme de la Publicité », ne put s'empêcher de penser Maury dont l'esprit devenait caustique. Celui qui est toujours bien habillé, toujours en bonne santé, Quelques instants plus tard, il frappait à la porte 2036 et, invité à entrer

M. ?-chef-de-bataillon and . Ledoux, ? Asseyez-vous ! Très heureux de vous voir, mon cher ; nous vous attendions ! Mais il n'était pas nécessaire de nous apporter des fleurs, ajouta le Colonel avec un sourire, en désignant les oeillets que Maury tenait toujours. Celui-ci bredouilla quelque chose, posa son bouquet à terre et prit un air buté en pensant que, décidément, il ne se sentait pas de la même race que son interlocuteur

. Après-quelques-banalités,-celui-ci-expliqua-À-maury-que-le-«-bilan, allait comporter trois entrevues : une avec lui-même, en vue de faire le point de ce qui était « acquis » : niveau de notes, brevets et diplômes, rendement et efficacité au cours des dernières années

. ?-pour-ma-part, . Ledoux, and . Vu, que vous êtes fort bien noté : je vous en félicite. Vous vous situez, par vos notes, dans le premier tiers des Officiers. Malheureusement, il y a deux points qui laissent à désirer : le premier, c'est que vous n'avez pas fait l' Ecole de Guerre. Pourquoi donc ? Vous avez un certificat de licence, des brevets de langue et des notes qui permettent de penser qu

, Maury hésite un moment entre l'agressivité et la prudence, puis choisit la seconde : ? Mon Colonel, j'ai effectivement songé à préparer l'École de Guerre, mais je crois pouvoir dire que les circonstances ne m'ont pas favorisé : mon deuxième séjour en Algérie est intervenu au moment où je venais de me lancer sérieusement dans cette préparation

. En-lui-même, -largement prolongé -il s'était senti parfaitement à l'aise dans sa peau de Commandant de Compagnie et qu'il n'avait pas souhaité en sortir. A son retour en France, il avait eu la chance, -très envié par tous ceux qui piaffaient d'impatience en attendant de pouvoir accomplir leur temps de commandement, -de reprendre une Compagnie et de se donner pendant deux ans corps et âme à l'instruction, tâche qui le passionnait. Muté ensuite dans un Centre d'Instruction commando, il n'avait pas eu le coeur de repousser cette affectation.... et voilà comment il s'était retrouvé bien près de la limite d'âge de l'École de Guerre

?. Le and . Ledoux, Comme Chef de Bataillon, par exemple, vous auriez pu occuper un poste dans un État-Major de Brigade : c'est fort intéressant, vous savez ! Or, tout s'est passé comme si (c'est une impression, bien sûr) vous aviez évité, c'est que vous êtes toujours resté dans la Troupe

, Maury écoutait à peine, regardant sans les voir, les mains soignées du Colonel qui jouaient avec un coupe-papier. Après trois ans au Centre d'Instruction Commando, (il était passé Chef de Bataillon entre temps) il avait pu, sans trop de peine

. Là and ;. E. Groupement, sans intérêt ! » Maury n'était nullement de cet avis : prendre des jeunes, venus d'horizons divers et de milieux variés, professant des idées antimilitaristes, et voire, quelque peu gauchistes... et en faire de véritables militaire, voilà qui le passionnait ! Il fallait donner de soi-même, communiquer sa propre flamme

C. Mme, Maury récriminait parfois lorsque son mari rentrait à la maison à des heures qu'elle jugeait impossibles, ou partait en exercice le dimanche matin pour trois jours. Mais c'était vivre son métier d'Officier

. Le, Colonel Ledoux s'était lancé dans une grande péroraison, bienveillante et même paternelle, mais pleine de reproches tout de même

?. , Je ne veux pas anticiper sur ce que vous dira tout à l'heure le Colonel Lemarchand, mais je crains que vous ne puissiez prétendre au brillant avancement auquel les qualités attestées par vos notes vous destinaient indéniablement

, on lui avait confié le poste de Commandant en second. Cela lui permettait de garder le contact avec l'Instruction et d'aller sur le terrain aussi souvent qu'il le pouvait. Cela lui permettait aussi (son Chef de Corps ayant, lui, « décroché » depuis longtemps d'avec la Troupe et s'y sentant peu à l'aise) de donner libre cours à son dynamisme et à son esprit d'initiative, Sa mutation dans un Régiment de Metz n'avait pas été aussi douloureuse qu'il l'avait redouté : faute d'un Lieutenant-Colonel, et compte tenu de l'ancienneté qu'il commençait d'avoir

?. Voilà-!-mon-colonel and M. Dit, se levant également. Il salua et sortit. A peine dans le couloir, il entendit la porte se rouvrir et se retourna, Le Colonel Ledoux en sortait et disait : « Vous oubliez vos fleurs

, « Un complexé, ce type », se dit en lui-même Maury. Lemarchand était entré tout de suite dans le vif du sujet : ? Vous n'êtes pas breveté. Par conséquent : Primo, avancement limité. Vous irez probablement au grade de Colonel, mais sans atteindre les indices « lettre, Le Colonel Lemarchand était fort différent du Colonel Ledoux : petit, sec, cheveu en brosse, il avait un visage raviné de rides et agité de tic nerveux

, Maury n'avait nullement réagi lorsqu'il était question d'avancement, par contre, il avait eu un soubresaut en s'entendant supprimer le commandement d'un Régiment

?. Mais, il ne m'appartient pas, évidemment, de me juger moi-même : toutefois, j'ai l'impression que je me sentirais d'ores et déjà à l'aise à la tête d'un Régiment. Je vous parais peut-être manquer de modestie

. ?-je-sais, je sais bien que vous seriez parfaitement capable de tenir brillamment le rôle d'un Chef de Corps, vos notes l'attestent. Mais le nombre de Corps de Troupe existant actuellement est si réduit que l'on est obligé de les faire commander exclusivement par des brevetés

. ?-mais-ne-croyez-vous-pas, que parmi ces brevetés, quelques-uns n'auront guère qu'une expérience d'État-Major et seront donc peu aptes à commander un Corps, où ils ne resteront d'ailleurs que deux ans, et chercheront, avant tout, à éviter les risques et à se sortir à leur avantage maximum de ce qu'ils considèrent comme une épreuve ? Commander

M. , oubliant ses résolutions initiales de prudence, avait parlé avec feu. Il le réalisa soudain et se tut

, Le Colonel Lemarchand eut un geste tranchant de la main et dit : ? Donc, il vous faut envisager un emploi. Compte tenu de vos certificats de langues, je vous suggère de demander un poste à l'étranger

, ? Mais je ne suis nullement un homme fini ! Ne put s'empêcher de répliquer Maury

. ?-ce-n, est pas ce que j'ai voulu dire, vous le savez bien. C'est une manière de parler. Pensez-y, un poste d'attaché, ce n'est pas mal. Vous aurez une belle solde, vous voyagerez

. ?-j'y-songerai,

. L'entrevue-avec-le-général-fut-de-pure-forme, Ce fut donc très bref et il sortit bientôt. Il avait pris soin de confier son bouquet d'oeillets à une dactylo, dans un secrétariat tout proche dont la porte était ouverte et il n'oublia pas d'aller l'y retirer. Il se retrouva dans le boulevard Saint-Germain, consulta sa montre et vit qu'il avait le temps de prendre le train de 13 h 18et, donc, le Général n'avait rien à lui dire et lui-même, n'avait rien à dire au Général

, Il se rappelait, étant plus jeune, avoir assisté à un concert dont la pièce maîtresse était une symphonie de Mahler. L'orchestre comportait une cinquantaine d'exécutants, parmi lesquels un joueur de gong. Or, celui-ci, frappait son instrument exactement trois fois, au cours du scherzo. Pourtant, avec quel amour il déballait sa mailloche, puis la rangeait, son oeuvre accomplie, dans un petit écrin de bois verni, Après avoir soigneusement déposé ses fleurs dans le porte-bagages, Maury se trouva l'esprit vide, en proie à une désespérante sensation de désoeuvrement

. Le-train-s'immobilisa-en-gare-de-metz, Maury paya et se rua dans son compartiment, arrachant littéralement du siège son imperméable et son porte-documents, puis sauta sur le quai au moment où le train se remettait en arche. Il prit un taxi, arriva devant chez lui et, l'esprit légèrement embrumé, monta l'escalier conduisant à son appartement. Sa femme vint lui ouvrir la porte. -Bon anniversaire, chérie ! Je t'ai apporté des fleurs ! Soudain, il blêmit : en prononçant ces mots

C. Au-camp-de-cho, Et lorsqu'il s'est décidé à parler, il n'a réussi à produire qu'un récit factuel, dont l'apparence anodine suscite peu paternel n'a d'ailleurs eu aucun succès auprès de sa famille. Nous, les enfants, l'avons d'abord accueilli avec l'immense curiosité engendrée par des années de mutisme, pour aussitôt nous sentir déçus par le caractère peu 'flamboyant' de ce qui y était raconté. Quant à ma mère, toujours traumatisée par la vision de l'homme cadavérique, aigri et révolté qui lui était revenu, Mon père a gardé le silence pendant trente-huit ans sur l'expérience de lavage de cerveau qu'il a subie aux mains du Vietminh, de mai à septembre, 1954.

, En effet, à mesure que je lui relisais son récit et que je notais ses réactions, j'ai commencé à comprendre l'humble héroïsme qu'il lui avait fallu déployer au identité. J'ai alors découvert que la personnalité autoritaire, intransigeante et difficile à vivre, qu'il s'était reconstruite et qu'il nous imposait, n'était que le masque d'une grande vulnérabilité émotionnelle, Ce n'est que tout récemment, en l'interrogeant sur son texte, que j'ai réalisé à quel point cette épreuve avait détruit mon père en profondeur

. Vietminh, Pourtant, s'il est aujourd'hui enfin en paix avec son passé, c'est parce que, atteint de la maladie d'Alzheimer et désormais placé en résidence spécialisée, il a pu y recréer mentalement l'univers carcéral de Cho Chu. * Le survivant d'un camp vietminh n'a-t-il donc d'autre ressource que de se taire, puisque, lorsqu'il parle, il semble ne rencontrer qu'incompréhension et indifférence ? Cette question me poursuit depuis que j'ai découvert l'immense succès éditorial réservé aux récits de survivants d'autres camps d'extermination. En effet, ce qui ne cesse de se vérifier pour leurs auteurs ne l'a été et ne le sera jamais pour aucun des soldats français passés par les mains des commissaires politiques d'Hô Chi Minh. Pourtant, sur ce sujet, Nous nous préparions à le perdre lorsqu'il a finalement surmonté cette crise

, Notamment sur le site Internet de l'ANAPI, qui, par ailleurs, tient à jour une liste de tous les ouvrages publiés sur ce thème

C. Militaire-de, . Chu, and . Vietnam, se trouvant à une centaine de kilomètres d'Hanoï. Il resta environ quatre mois dans cet endroit en forme de cuvette, situé au fond d'une vallée entourée de hautes falaises à pic et dont le seul accès était un défilé étroit d'une trentaine de mètres de long, défendu par deux postes de garde successifs. La prison était constituée d'un baraquement, divisé entre un espace commun et des cellules individuelles

, Le nombre de pensionnaires était de 40, tous officiers ou sous-officiers s'occupant du renseignement ou des transmissions, critère qui avait servi à leur sélection et à leur rassemblement dans ce lieu. Il s'agissait en effet de les soumettre à un conditionnement -par la faim

I. Kertesz, Etre sans destin, Actes Sud, 1998.

R. Panh, C. Bataille-l'elimination, and G. , , 2011.

Y. Dujon, rééducation politique-tel qu'ils en viendraient non seulement à livrer des informations sur leurs activités et les matériels utilisés, mais aussi de transformer ces 'criminels de guerre' en 'combattants pour la paix '. La technique consistait à affaiblir les corps et les esprits de manière à obtenir que soient signées par ces soldats français des 'motions' approuvant et soutenant la lutte de l'armée vietminh pour la liberté du peuple vietnamien, victime de 'l'oppression impérialiste et colonialiste française'. Le 20 juillet 1954, les négociations de Genève visant à mettre fin à la guerre d'Indochine aboutirent à un accord signé par les deux camps, accord qui prévoyait la libération des prisonniers par un système d'échanges. Le 23 juillet voit donc les premiers départs du camp de Cho Chu, organisés par groupes qui suivront des itinéraires différents pour entreprendre -à pied et malgré leur état d'épuisement physique et moral-le long chemin vers Viêtri, le lieu de leur libération, Après Dien Bien Phu : captivité, internement à Cho Chu, 1992, texte publié partiellement dans Quand les canons se taisent, J. M. Juteau, 60, rue des Fauvettes, 2013.

, Il y adopte une posture de témoin impartial qui tente de restituer la vérité d'un vécu, saisi de l'intérieur. Après avoir raconté son arrestation et la longue marche vers le camp, il entreprend de dépeindre minutieusement les lieux et les conditions de vie au quotidien, dressant au passage le portrait physique et moral de certains des camarades partageant sa captivité. Il poursuit avec la description du retour, de l'échange et de la libération, Le récit de mon père se veut chronologique, bien que manquant de balises temporelles, et situé, bien que péchant par les précisions géographiques

. Hanoï, Ce document se complète de deux annexes : l'une consacrée à une étude sur l'armée du Viet Minh, l'autre à un bref résumé de la doctrine marxiste-léniniste découverte à Cho Chu. Pourquoi un tel texte, qui se veut récit de souvenirs, ne parvient-il pas à véhiculer la force des sentiments et des sensations qu'il a autrefois éprouvés, alors que la lecture que je lui en ai faite a suffi à le plonger dans une spectaculaire crise de réactivation du passé ? Voulait-il inconsciemment, lorsqu'il l'a rédigé, empêcher que son récit donne au lecteur l'accès à un univers qui n'avait de sens qu

, De ce « lieu presque privilégié pour y construire un monastère » où se retirer du monde, le Viet Minh avait fait « un centre de détention disciplinaire tout autant coupé de l'extérieur », « un enfer silencieux, avec parfois sévices et violences, où les moyens de coercition seront d'abord la sous-alimentation, une absence absolue de soins médicaux, l'incarcération individuelle pour les cas les plus 'accablants' et un endoctrinement constant ne laissant guère de répit aux détenus » 913 . Dès leur arrivée, les prisonniers sont d'abord hébergés collectivement, puis divisés en deux groupes, dont l'un, d'une quinzaine, est enfermé dans un baraquement commun, tandis que l'autre est réparti dans des cellules individuelles. En effet, pour le Viet Minh, ces quarante militaires français étaient de dangereux individus, néanmoins susceptibles d'être rééduqués. Comme ils représentaient de précieuses sources d'information, il était hors de question qu'ils aient la moindre chance de s'évader, et il fallait les placer dans l'environnement le plus favorable à un conditionnement efficace, susceptible de les conduire à la conversion recherchée. La totale coupure avec le monde extérieur s'accompagne donc d'une entreprise de surveillance et de harcèlement constants dont l'objectif est de culpabiliser le militaire afin que

, Ces tentatives de dépossession de leur grade avaient été précédées par une fouille minutieuse dont le but était de les dénuder moralement en leur enlevant tout objet personnel. A cela s'ajoutaient les harangues régulières des Can Bô consistant à leur répéter qu'ils n'étaient rien, surtout pas des officiers, mais des criminels de guerre. N'ayant plus d'identité, plus de références sociales, professionnelles, familiales, et ne pouvant de surcroît rien lire, C'est ainsi que mon père et ses camarades furent soumis quotidiennement à près de deux heures d'interrogatoires se déroulant toujours sur le même schéma :« Vous êtes le nommé Dujon, exlieutenant dans l'armée colonialiste

, Ce dépouillement radical de tous les signes le reliant à son univers d'appartenance fut une épreuve qui marqua mon père en profondeur et qu'il n'a jamais pu oublier, comme le montre le fait qu'encore aujourd'hui surgit très souvent dans son discours, brusquement et tout à fait hors de propos, Vous êtes un criminel de guerre ! On doit vous fusiller

H. Ortholan, , p.50, 2013.

J. Armandi, interné pour la quatrième fois de son existence, est ainsi demeuré pour mon père une figure symbolique qu'il a quasiment sacralisée avec le temps : aujourd'hui encore, prononcer ce nom éveille en lui une profonde émotion. Habité d'une énergie sans failles et d'une capacité à rire dans les pires situations

. Mais and E. Georges, deux pittoresques personnages dont la force de caractère et le sens de l'humour ont largement contribué à maintenir un moral et une cohésion solides. Parlant et écrivant couramment le vietnamien, Georges était doté d'un long passé indochinois, et, féru de contrepèteries, il n'avait pas son pareil pour se payer la tête des Viets. Elise quant à lui restait en toutes circonstances d'un calme olympien, mettant un point d'honneur à manier en toutes circonstances un français choisi, toujours souriant et serviable. Son grand mérite était de savoir

, -avec les moyens du bord et en mettant à profit les moindres opportunités-, un quotidien marqué par la pénurie et le manque. Pour ces hommes d'action plongés dans une situation de dépouillement radical et d'impuissance, il s'agissait en effet de relever un défi inattendu, et ils se mirent en devoir d'instaurer un rituel journalier, marqué par le minutieux respect de strictes règles d'hygiène et d'autodiscipline, rebelles qui va aider les détenus à organiser au mieux

. Cependant, sans le recours constant à l'humour et le refus de prendre trop au sérieux une situation tragique, les idées noires et le désespoir s'installent vite? Georges devenait alors une inestimable ressource, capable, à la demande, de déployer son talent d'imitateur

C. La-résistance-du-camp-de-cho, On comprend dès lors qu'il soit difficile, après coup, de faire du récit de ce morceau de temps suspendu une histoire palpitante. Pourtant chaque minute qui s'y écoulait se chargeait d'une intensité due à l'incertitude que faisait planer la menace permanente d'une éventuelle exécution. C'est pourquoi mon père n'en a retenu que le souvenir d'un interminable présent, mais aussi d'un lieu, où, coupé du monde, il estime aujourd'hui avoir « reçu une formation exceptionnelle » : l'apprentissage de la résistance obstinée à toute forme d'intimidation, Ce sont tous ces faits minuscules et peu spectaculaires, à peine qualifiables d'anecdotes, qui ont tissé, jour après jour

, que les cours dispensés à St Cyr ne l'avaient préparé en rien à affronter. Il entreprit donc, à la différence de ses camarades peu intéressés par la question, de s'appliquer à essayer de comprendre comment fonctionnait ce « Moloch » et pour quelle vision du monde il se battait. N'ayant à sa disposition, pour se livrer à ces 'études' d'un genre particulier, que les vieux numéros de l'Humanité qu'on avait fini par leur accorder, vol.916

. Pourtant, En effet, il en était venu à ne plus considérer ce qui l'entourait que sous l'angle de ce qui pourrait être utile ou non à son dessein. Quand je me suis étonnée de l'extraordinaire précision de la description de sa prison qu'il avait été capable de faire au bout de trente-huit ans, j'ai reçu cette réponse : « On ne pense qu'à une seule chose, s'évader ; le moindre truc qui dépasse du plafond, c'est enregistré. On est hors du temps

. De-survivre, Ma mère dévorait tout ce qu'elle pouvait trouver d'informations sur la guerre d'Indochine et mon père vivait en esprit auprès d'elle. Ils ont ainsi construit le lien indéfectible qui allait permettre à leur couple de se maintenir jusqu'à ce jour, en dépit de la profonde cassure que Cho Chu avait introduite dans leur vie commune. Ils n'ont cessé en effet, durant ces soixante et quelques années, de s'affronter et de s'opposer car, si ma mère n'avait pas changé, par contre l'homme qui lui revenait était un inconnu, un rebelle habité d'une intense colère, poursuivi chaque nuit par des cauchemars qui lui faisaient revêtir sa tenue de prisonnier pour aller courir jusqu, Par-delà les milliers de kilomètres qui les séparaient, ils entretenaient

. Ibid,

Y. Entretiens-avec, Dujon sur son récit -août, 2013.

. Mari, pour ma mère, un « père absent » pour nous, quelqu'un qui refusait toute dépense émotionnelle et tout engagement affectif pouvant mettre en danger la cohérence d'une identité durement acquise. Pour contrer la menace latente d'un effondrement psychique toujours possible, mon père avait donc investi la totalité de son énergie dans la lutte contre l'ennemi découvert en Indochine, poursuivant ce combat au fil d'une carrière finissant par s'orienter vers le renseignement, avant de l'achever dans un ultime affrontement, silencieux et solitaire, non plus cette fois avec une idéologie meurtrière

. L'essence-même-de-la-guerre and . Qu, il a menée toute sa vie peut encore aujourd'hui se mesurer à l'efficacité des schémas de résistance mis en place à Cho Chu, car, alors que tout le reste s'effondre peu à peu, il maintient toujours une incroyable capacité d'observation, d'analyse et de raisonnement logique, qui fait fortement illusion sur la réalité de l'état de délabrement croissant de ses fonctions cognitives

, Comment en effet la raconter à un auditoire qui, soit refuse de l'entendre parce que 'politiquement incorrecte', soit est incapable de la comprendre parce que sans références connues pour la décrypter ? C'est ainsi que naquit un silence venant de l'impossibilité de dire le profond sentiment de honte personnelle du vaincu qui a dû abandonner aux mains du Vietminh ceux pour qui il était venu se battre si loin de chez lui. A cela vint s'ajouter, à peine libéré, la cuisante humiliation infligée par les interrogatoires soupçonneux d'une Sécurité militaire ne voulant rien savoir de la résistance qu'il avait opposée, et uniquement intéressée par la dénonciation des camarades qui avaient 'trahi' et signé les 'motions'. En outre, une fois de retour, il lui a fallu constater avec amertume qu'il devait prouver son existence pour avoir droit au rétablissement de sa solde. Après quoi, il a dû affronter l'indifférence, le mépris, S'il a réussi à y résister, la dépersonnalisation fut néanmoins pour mon père une expérience indicible

. Enfin, pourtant ancien prisonnier de guerre, lui a fait sentir la honte qu'il éprouvait, vis-à-vis de ses voisins, à devoir dire que son fils avait été « en taule chez les Viets »? toutes lumières éteintes, Parfois on nous fait débarquer pour nous allonger sur le sol à quelques dizaines de mètres de la route

. Après-un-léger-bombardement, Dès l'alerte terminée, des centaines de coolies (hommes, femmes, enfants), s'éclairant à l'aide de torches en bambous, travaillent à combler les excavations causées par les bombes à l'aide de pioches, pelles, petits paniers en bambou tressé pour le transport des matériaux, coupe-coupe pour les troncs d'arbres, etc). Quelques heures seulement suffisent pour que les camions puissent circuler à nouveau

T. Au-cours-d'une-nuit and . Khoa, Nous n'aurons aucune nouvelle de lui par la suite. Durant la halte de jour qui suit cet événement, Schoendoerffer est attaché toute la journée à un tronc d'arbre avec le capitaine Guilleminot qui se trouvait dans le même camion. Cette sanction représailles se poursuit par une fouille minutieuse de tous les prisonniers du convoi. Nous devons nous déshabiller, placer nos vêtements à quelques mètres devant nous, puis attendre la fouille systématique et sévère effectuée par des soldats vietminh sous les ordres des officiers et des commissaires politiques. Le peu d'affaires personnelles que nous détenons encore sont confisqués (montre, papiers d'identité, portefeuille, argent, bijoux, couteau, boussole, carte, photo, pellicule, film, etc) et jamais restituées par la suite. Jusqu'à ce moment-là, Péraud et Schoendorffer avaient en leur possession des films et pellicules photographiques sur les combats qui avaient lieu à Dien Bien Phu depuis mars jusqu'au 7 mai 1954. Ils n'avaient pu les faire acheminer sur Hanoï en raison de l'impossibilité d'atterrissage des avions. Il est regrettable que leur tentative d'évasion ait échoué, sinon, de précieux renseignements -films et photos -seraient actuellement en possession de l'armée française, qui aurait disposé d'une image exacte et précise des sanglants combats de tranchées, parfois au corps à corps, sous le pilonnage de l'artillerie et des mortiers vietminh. Ceux d'entre-nous qui possèdent encore leurs chaussures, en plus ou moins bon état, Schoendoerffer et Péraud tentent une évasion en sautant du véhicule en marche. Hélas, l'alerte donnée immédiatement par les sentinelles, suivie de nombreuses rafales de mitrailleuse légère et de pistolets-mitrailleurs vers le bas-côté de la route et la végétation parmi laquelle ils se sont engouffrés, permettent aux vietminh « de capturer en quelques minutes Schoendoerffer, tandis que Péraud est porté disparu

&. Jusqu and . Dong, nous ignorons notre destination future, la R.P. 41 menant aussi vers Hoa Binh, le sud du Delta, le Than Hoa (frontière entre le Tonkin et l'Annam) où sont également installés des camps de prisonniers. Un grand nombre de mes camarades

, Le franchissement de la rivière Noire à Ta Khoa s'effectue sur deux bacs à moteurs

, Le tout dans l'obscurité et en période de crue. Cela nous prouve la maîtrise de l'adversaire à se déplacer de nuit en dépit des pires difficultés rencontrées et des conditions atmosphériques défavorables. Nous sommes surpris de voir les moyens dont dispose le Vietminh pour assurer au matériel lourd le franchissement des cours d'eau. L'ennemi est maître dans l'art du camouflage et notre aviation ne peut intervenir efficacement contre cette logistique. Cela a permis au Vietminh d'assurer en permanence le ravitaillement en vivres, personnel, matériel, Quarante-huit heures plus tard, celui du fleuve Rouge à Yen-Baï s'opère en bacs pour les véhicules et le matériel, et en barques pouvant transporter une dizaine d'hommes pour le personnel

A. Avoir-franchi-le, S. Chay, and L. Song-cam, nous atteignons Yugen Quang où le Vietminh effectue un tri complémentaire parmi les hommes du convoi. Je suis placé parmi le groupe devant rejoindre Thaï Nguyen à environ 70 km

, Le siège du tribunal militaire de l'armée vietminh est à Cho Chu

, dispersés dans une sorte de cirque entouré de falaises abruptes d'une hauteur approximative de 40 à 50 mètres. L'ensemble est camouflé aux vues aériennes et gardé par une grosse unité vietminh occupant les baraquements situés à l'entrée. Plusieurs miradors, avec projecteur et mitraillette, sont disposés afin d'assurer une surveillance étroite des prisonniers

. Le-lendemain-de-notre-arrivée, après avoir été hébergés collectivement dans des bâtiments pouvant contenir une trentaine d'hommes, les commissaires politiques font un nouveau tri selon une liste nominative des prisonniers

A. Le-capitaine-guilleminot and . Le-sergent-chef-lennon, je fais partie de ceux qui seront enfermés en cellule avec les officiers de renseignement, les officiers de transmissions, les évadés repris, les officiers des G.C.M.A., les aumôniers, le pasteur, etc. Nous sommes considérés comme des criminels de guerre et des prisonniers dangereux. Les commissaires politiques nous le répéteront souvent tout en précisant que nous bénéficions d'une faveur, la « clémence du président Ho Chi Minh ». Nos camarades du convoi jusqu'à Tuyen Quang sont dirigés vers des camps situés à environ 70 à 80 km au nord de cette ville vers la frontière de Chine. Ceux venus à Thaï Nguyen qui ne sont pas enfermés en cellule

, Le groupe des internés en cellule, auquel j'appartiens, restera sous ce régime sévère jusqu'à la fin du mois de juillet 1954, c'est-à-dire, jusqu'au moment où le cessez-le-feu deviendra effectif au Nord Vietnam, après l'armistice signé à Genève

, comprend un simple bat-flanc avec une natte en paille de riz tressée, une moustiquaire trouée et déchirée, une caissette en bois munie d'un couvercle faisant office de tinette W.C., un tube de bambou comme récipient d'eau potable, un second tube en bambou découpé de manière à servir d'assiette et de bol à la fois, deux baguettes en bois pour manger. Nous sommes enfermés individuellement dans la cellule, la porte fermée et cadenassée. Les cloisons séparant les cellules sont en bambou et torchis. Chacune des cours est entourée d'un grillage de bambous tressés, formant écran, d'une hauteur de 2 m 50 à 3 m environ. Nous ne pouvons pas nous apercevoir d'une cour à l'autre. Seuls, les trois occupants des cellules donnant sur la même cour se voient lors de la sortie quotidienne, d'une heure environ. Durant notre internement, nous subissons plusieurs interrogatoires par des officiers et des commissaires politiques. Ceux-ci se déroulent dans un bâtiment à l'écart à une distance d'environ 80 à 100 mètres des cellules. Les interrogatoires oraux s'opèrent individuellement, tandis que les interrogatoires écrits (sous forme d'autobiographie) ont lieu collectivement par groupe de 15 ou 20. D'emblée, compte tenu de mes origines yougoslaves, la Yougoslavie étant alors sous férule communiste, je me déclare sans famille et probablement déjà français par naturalisation. Au cours d'un face à face avec un commissaire politique m'interrogeant sur mes projets après ma libération, je réponds, le regardant dans les yeux, Nous sommes internés dans deux bâtiments parallèles, séparés par une allée centrale où sont deux miradors. L'espace entre ces baraquements comprend aussi les nombreuses petites cours donnant sur chaque groupe de trois cellules. Chaque cellule, d'environ 1,50 m de large sur 3 m de long et d'une hauteur d'environ 3 m

, Une seule fois, on nous apporte du papier et de l'encre pour écrire soi-disant à nos familles

, Avec de la terre, j'ai façonné les figures d'un jeu d'échecs. Ceci me permet de jouer avec mon voisin de cellule, le lieutenant Weinberger, un as en la matière puisqu'il parvient à me battre sans voir le jeu. Je suis l'objet d'une réprimande verbale pour avoir gaspillé l'encre qu'on m'avait donnée. Pour nous tenir en éveil, avec mes voisins de cellule, nous échangeons nos connaissances en histoire et géographie, comme par exemple

, Les deux repas quotidiens sont composés essentiellement de riz, environ 100 grammes par repas, accompagné d'un léger bouillon avec quelques légumes

. Parfois, De temps à autre, une petite ration de mélasse de canne à sucre constitue le dessert. Exceptionnellement on nous distribue une banane verte. Un poulet pour 40 personnes représente la ration servie épisodiquement. Cela équivaut à quelques miettes seulement

, Ce n'est qu'après le cessez-le-feu signé le 21 juillet, conduisant à un règlement du conflit indochinois, que je quitte cet « isolement » pour rejoindre mes camarades hébergés dans les baraquements collectifs. Pendant deux ou trois jours, nos geôliers nous obligent à effectuer des séances d'entraînement physique, alors que nous tenons à peine debout tant nous sommes affaiblis. Début août, après un semblant de réadaptation à la vie active (nous étions restés cloîtrés dans nos cellules aux murs de caïphen et de terre pendant deux mois), nous quittons à pied Cho Chu (province de Thaï Nguyen) en direction de Tuyen Quang. A l'approche de cette localité, je pense à notre chant de tradition, le Boudin, dans les paroles duquel figure Tuyen Quang. La chaleur, notre méforme, Mon internement en cellule à la prison du tribunal militaire vietminh durera deux mois, de fin mai jusqu'à fin juillet, 1954.

. Au-fur, notre effectif s'amenuise, pas tant par des décès dont je ne me souviens pas, mais par la « ventilation » des personnels dans différents camps en fonction d'une sélection dont les motifs nous échappent : est-ce cela la logique vietminh ? A notre tour, le sergent-chef Schmitt, un soldat lorrain, et moi-même, quittons le convoi, regrettant beaucoup de laisser notre camarade, le sergent-chef Lennon, avec lequel je m'étais évadé. Nous nous promettons de nous retrouver en France après notre retour, car nous espérons être bientôt libérés malgré le silence de nos gardiens. Nous ignorons, bien sûr, que les accords de cessez-le-feu ont été signés à Genève le 21 juillet 1954 à 3 h 50, pendules bloquées à minuit pour respecter le « pari » du président du Conseil Pierre Mendès-France. Nous apprenons la nouvelle à notre halte suivante, toujours vers le nord, où nous restons environs quinze jours. A cette halte

, certaine suspicion s'installe. Ce malaise est accentué par la mort de plusieurs camarades, emportés par l'épuisement ou la maladie. Peu à peu, se développe un laisser-aller allant jusqu'à l'indifférence vis-à-vis de ceux que, Une lourde atmosphère règne dans ce camp : les Viets désignant des responsables parmi nous, 1995.

. Mai-À-décembre, , 1954.

, Captif des Viets -Laï daï, laï daï ! (venez)

, Les soldats Viets crient, braquant leurs armes pour que nous sortions. Nous essayons de dire qu'il y a des blessés incapables de bouger, Cum biet, cum biet

, Dés que nous sommes dehors, les canons de leurs armes dans le dos, c'est : -Di vè, di vè (partez)

, ce sont les mots que tout Français apprenait le premier jour de son arrivée en Indochine. Di vè pour les petits cireurs qui tournait autour des « Phap », le marchand de petits objets harcelant les clients de la terrasse des cafés. Mao len pour tous : le serveur du Café, le cyclo pousse, tous, tous. Ces Vietnamiens si gentils, Ces mots, nous les comprenons tous

, « Cum biet » le refrain du moto-pousse de Saigon ou du cyclo d'Hanoï. Il fallait connaître l'itinéraire du lieu où nous voulions aller sinon notre conducteur tournait en rond

. Di, Les Bô Doi (soldats Viets) nous font partir vers le Nord Est par la tranchée en marchant sur les cadavres, on ne peut faire autrement et ceux qui nous poussent ne font aucune distinction entre leurs frères et les nôtres, il en sera encore ainsi bien après avoir traversé nos barbelés par une brèche, Nous comprenons leur hâte : ils ont peur que nos artilleurs pilonnent la position pour la reconquérir

, Eliane 4) leur ardeur se calme et nous continuons assez paisiblement vers Ban Him Lan. Botella, Rouault et moi, nous nous trouvons séparés des sous officiers et des hommes de troupe. Nous ne portons pas de galons et pourtant nos gardiens nous dirigent vers une grotte où il n'y a que des officiers ! Nous vidons nos poches : papiers, argent, bagues, montres nous sont retirés et nous partons vers l'Est nord-est poussés, 300 mètres après le bas du piton

, Vers 17/18 heures, j'arrive dans une clairière avec une trentaine d'Officiers, presque tous inconnus, sans Botella ni Rouault. Nous y resterons la nuit sans rien à manger ou boire

, Je marche à côté de Le Guéré, Lieutenant du 1er R.C.P., nous parlons évasion. Il dit connaître les pistes Méo, tribus vivant sur les hauteurs. J'ai une boussole-bracelet, fixée sur la jambe, au dessus du genou, un embryon de carte au 1/1000000 cachée dans les renforts de mon pantalon et 3000 piastres roulées dans les manches retroussées de la veste, Le 8, nous marchons vers le Nord-Est, intégrés dans une longue colonne d'officiers, sous-officiers, hommes de troupe européens exclusivement

, En fin d'après-midi, à un détour propice de la piste, nous sautons dans la forêt et nous nous éloignons

L. , Depuis 48 heures, je n'ai rien mangé, rien bu après avoir été sous alimenté depuis six semaines. Je suis bientôt à bout de souffle et de forces tandis que Le Guéré semble frais et dispos. Nous faisons une halte mais il bruine, nous grelottons et repartons. Encore une halte, encore froid, marchons. Après le lever de soleil : stop Je m'écroule et dors. Vers midi (boussole et soleil) mon camarade me réveille, Nous dirigeant sur les étoiles, nous avançons vers le Sud Sud-Est, marche dure, pénible à travers bois, lianes et obstacles naturels : rochers, trous

, Nous la suivons et vers 16/17 heures, nous entendons des voix. Avançant très prudemment, nous apercevons un village. Je suis exténué. Le Guéré suggère d'aller nous ravitailler, ça devrait aller mieux après

, En moins de deux heures, nous rejoignons des collègues, tous officiers 920 . Les 10/11/12 mai, nous restons dans ce camp provisoire assez bien organisé. Certains sont cuisiniers et dans de grandes poêles, des pairols, font cuire du riz, rien d'autre. Des médecins tentent de donner des soins mais ils sont démunis de tout, ils lavent les plaies à l'eau du ruisseau, essaient de nettoyer les pansements pour les remettre et apportent un peu de réconfort essentiellement verbal. Le ruisseau nous permet un semblant de nettoyage avec de la cendre. Nous sommes tous à la même enseigne : veste et pantalon de combat, Nous demandons à manger, j'exhibe quelques piastres et une soupe se prépare, du riz cuit. Il y a un ruisseau, nous buvons et nous nous lavons

M. Le-13, des groupes d'une quarantaine d'individus sont formés par les Can Bô (Cadres) pour prendre la route. A part Elise le Pronto, guadeloupéen, de Bigeard, je ne connais personne dans le groupe où je suis, Nous avançons en colonne

. Alors-que-je-suis-porteur, chose fréquente depuis mon enfance, mais je n'en ai jamais eu d'aussi violente, je demande à être relevé et je m'écroule. Mon coeur doit battre à 180/200 coups minute. Les collègues passent indifférents auprès de cet homme qui halète, la queue de colonne arrive tandis que deux Bo Doi me secouent, crient, donnent des coups de crosse. ELISE qui était bon dernier s'arrête, me prend la main : « lève-toi et marche sinon tu crèveras là

.. Cf, G. Para-»-de, and . Fleury, paru chez Grasset coeur reprend enfin son rythme normal. Mais je me sens très faible et du reste, en queue avec Elise jusqu'à la halte du soir, Le, vol.14

, Nous grimpons une colline parfois à quatre pattes tandis qu'à une dizaine de mètres, sur le côté, des centaines d'hommes et de femmes réparent la piste éboulée. Vers le milieu de l'après-midi, nous arrivons au sommet et reprenons la piste, Nous sommes au Col des Méos disent certains officiers

, A un carrefour avec une autre piste, nous croisons une colonne de Vietnamiens, nous cherchons, eux et nous, une tête connue. Mao, le filiste, est là, il s'avance vers moi, ébauche un salut que j'arrête : -On a dû te dire qu

. Il, Je lui tapote l'épaule et lui dis « Courage ». Il sort un paquet enveloppé de plastique, il y a du riz, me le tend : -C'est peut-être mon lieutenant un peu faim ? Je le remercie

. Peu, nous rejoignons une autre colonne où il y a Botella, Bigeard, Langlais, des aumôniers, des aviateurs

, Nous nous racontons les faits de la semaine écoulée

. Bigeard, Bréchignac et quelques autres ont été filmés et ont participé à la critique sur boîte à sable des diverses attaques Viets et de nos contre attaques, vol.15

A. Partir-de-ce-jour, nous serons transportés en camion, des 4x4 Molotova gabarit intermédiaire entre Dodge et G.M.C. Ils sont bâchés

, Ces véhicules avancent à 10/15 km / heure, soit sur une piste normale, soit en sous-bois. Dans ce dernier cas, les cimes des arbres se touchent et nos buissons se fondent. Si c'est dans une bambuseraie, les sommets des bambous ont été rapprochés et liés formant une voûte ! Sur les routes (pistes) tous les kilomètres, un homme, souvent âgé, est posté avec un vieux fusil ; s'il entend l'approche d'avions, il tire un coup de feu et le convoi, roulant tous feux éteints, s'arrête. Les Bo Doi nous mettent en joue, Nous ne roulerons que de nuit et comprendrons pourquoi nos aviateurs ne les ont jamais vus : chaque camion est un buisson ambulant et chaque soldat Viet Minh a sur son casque en latanier 2 ou 3 petites branches

, Avant le lever du jour, le convoi s'arrête en forêt

, Si nous sommes arrivés par une piste visible du ciel, après que tous les camions, sauf un, soient entrés à l'abri des vues aériennes, les Bo Doi, avec des branches, effacent les traces d'accès au bois. Le camion resté dehors fait des allers et retours pour rétablir la continuité des traces en ligne et

, Groupement Opérationnel Nord Ouest447

, Les Colonels Langlais et Trinquand sont des vétérans d'Indochine, ils reconnaissent certains paysages, sites ou monts souvent confirmés par les Pères Guidon et Guérit, missionnaires dans la région avant d'échouer à Dien Bien Phu. Ils nous indiqueront le passage de Son La

, Notre groupe de prisonniers passera en deux fois, accroupis, serrés les uns sur les autres, les Bo Doi debout autour de nous. De l'autre côté, nous attendons dans l'obscurité. Je pense que c'est une occasion d'évasion, les Bo Doi semblent très occupés à surveiller les bacs, je m'éloigne et atteint un bois très proche, pas plus de 10 mètres. Je progresse dans le sous bois et lorsque les voix criardes des Bo Doi deviennent faibles, je vais vers la rivière. Tous les chemins mènent à Rome, Après 4 ou 5 nuits de route, lors d'un franchissement de rivière, nous descendons des camions, les véhicules passent seuls sur des bacs paraissant en limite de charge

, Je distingue des bois échoués, j'en prends un d'environ 1,50 mètre de long ayant 18/20 cm de diamètre et entre dans l'eau qui n'est pas très froide. En nageant, je m'habitue vite. J'ai, depuis l'âge de 16 ans, participé à des compétitions de natation, vitesse pure et water-polo, à 20 ans, en stage à Verdun, j'ai plongé dans les violents remous de la Meuse et ramené un homme qui se noyait, La lune est à son dernier quartier, elle apparaît en haut des arbres au moment où j'arrive au bord de la rivière

, Je reste quelques secondes sous l'eau, reprenant ma respiration en refaisant surface et, après avoir fait de 10 à 20 fois le ludion (je n'ai pas compté), tout redevient calme. J'ai perdu ma casquette mais je suis toujours bien cramponné à mon billot. La rivière devient large, par moment mes pieds raclent le sol, je reprends. Je m' confiance. Une demi-heure ou une heure passent ainsi et il me semble que le ciel s'éclaircit : je vais devoir m'arrêter. Je n'en ai pas le temps, la rivière redevient étroite, les rives plus hautes, le courant très fort. J'ai repris mes plongées inopinées, roulé dans des vagues très grosses, dans un courant encore plus violent, les immersions sont de plus en plus longues. Un choc, je lâchais mon bout de bois, Appuyé sur le billot par les avant-bras, j'avançais, attentif à ce qui pouvait se passer, mais vite, très vite, la vitesse s'accélère

L. Gestapo and !. Ils-ne-m, Je tiens bon, la tête hors de l'eau, soufflant, toussant, crachant, vidé, anéanti. La rive est trop haute pour me hisser dessus, un petit jour blafard me permet de distinguer celle d'en face tout aussi haute. Me tirant de branche en branche dans le courant toujours fort, j'avance péniblement de quelques dizaines de mètres et trouve un endroit pour sortir. Je m'affale à plat ventre, la tête sur les bras croisés. Au loin, des bruits de branches, je me lève et voit arriver à 5 mètres de moi deux hommes armés : Laï Daï ! J'avance, le canon d'un fusil dans le dos, je commence à avoir l'habitude, c'est la troisième fois. Nous remontons le long de la rivière

, Un Bo Doi nous conduit vers un personnage important que j'avais aperçu deux ou trois fois en route. Il félicite, me semble-t-il, les Dzu Kich, demande mon nom, mon grade, l'unité, donne des ordres puis s'intéresse à moi : -Pourquoi êtes-vous parti ? (son français est très correct), Nous avons des gardes le long de toutes les rivières et de toutes les routes

, Un gradé du convoi et deux Bo Doi arrivent. J'ai l'impression qu'ils se sont fait très fortement sermonner, ils ont l'air contrit et restent muets. L'interrogateur se tourne à nouveau vers moi : -Comment nous avez-vous quittés ?

, Je le dis simplement, nouvelle diatribe vers les gardes qui repartent l'air penaud tandis que le chef me dit : -Ne recommencez pas, ça finirait mal pour vous, attendez la clémence de votre vénéré Président Ho Chi Minh, vous êtes maintenant dans le camp de la paix, tout départ vers les fauteurs de guerre est une désertion, dites-le bien à vos camarades

E. Je-raconte-mon-aventure and . Vu-des-rapides-en-haute-région, Avec Guilleminot et Elise, nous échafaudons des plans, Guilleminot qui a vécu chez les Thaïs, pense que, vers l'aval, il ne devrait plus y avoir de rapides et il préconise un radeau fait de trois fagots de six à huit bambous auquel nous serions arrimés. Des années plus tard, lisant les récits d'évasion ayant échoué, j'ai compris combien nous étions naïfs et que le Can Bo avait hélas raison. Mais

. Je-suis-dans-le-même-camion-que-péraud, . Camus, and E. Schoendorfer, Deux jours après mon aventure, Péraud veut tenter de partir, Schoendorfer l'accompagnera. Les Viets prendront des mesures accrues de sécurité, en conséquence, Dujon, Elise et moi partiront simultanément. Camus, malade, n'aurait pas la force de suivre, il a des rouleaux de pellicule des derniers jours de Dien Bien Phu

, Schoendorfer suivra puis Elise, Dujon et moi. Les Bo Doi ont toujours, comme le faisaient nos Vietnamiens dés qu'ils s'asseyaient, les yeux fermés. Après environ deux heures de route, nos gardiens somnolent, les têtes ballottent. Péraud soulève la bâche latérale côté droit et sort, Schoendorfer le suit mais accroche une branche du camouflage qui revient fortement en claquant vers la cabine. Le camion stoppe, les Bo Doi nous mettent en joue, des bruits, des cris, une course, un coup de feu, un second et Schoendorfer revient bousculé par les soldats, Nous sommes ficelés

. Au-jour, Pas de commentaires mais nous faisons tous très grise mine, nous espérons tous que c'est faux, que c'est de l'intox de dissuasion mais nul ne reverra jamais ce garçon courageux et rieur. Péraud était à Saïgon en instance de rapatriement quand il a appris le 14 mars le clash de la veille à Dien Bien Phu, un « scoop » à ne pas manquer : avion stop pour Hanoï et le 16

, Nous sommes mis à poil, tous nos vêtements sont fouillés très sérieusement ainsi que les camions

, Une redistribution des groupes est opérée et un matin, le convoi ne comprendra que trios camions. Les officiers supérieurs et les S.C.A. Ne sont plus avec nous, Les piastres que j'avais roulées dans les manches sont découvertes ainsi que la boussole et la carte : Can Bô et Bo Doi jubilent, p.42

. Le, Nous sommes coupés en deux groupes, celui où je suis, 17 hommes, va dans une grande baraque de 60/70 m2. Elle est en bois de fer qui émousse les couteaux, une seule porte et deux ouvertures d'un demi mètre carré munies de barreaux, des grands bat-flancs pour se coucher. Nous y trouvons un européen, cheveux gris, grosse barbe grise, la tête (très sale) de Moustaki, très mal vêtu. Il reste couché et grogne quand l'un de nous essaie de lui parler, nous arrivons de nuit à destination, un camp auquel on accède en passant sous un porche en bambou. Les camions restent dehors et au passage, le Père Guérit lit l'inscription en vietnamien : « Tribunal Central Militaire du Viet Nam

, de l'encre, nous devons écrire notre curriculum vitae, c'est pour prévenir nos familles et nous authentifier près d'elles... puéril ! Certains regimbent, d'autres disent qu'il faut collaborer pour être libérés un jour. Georges, Capitaine de la 13 DBLE met de l'ordre : donner l'état civil, le grade et l'unité au moment de la capture

, Nous avons appris les premiers jours de marche que le lieutenant du B1 n'avait détruit aucun papier

, Pour l'heure, nous sommes tous en bonne santé, nous ne devons pas capituler, notre honneur est en jeu. Je dis avoir parlé avec le Toubib Pédoussaut libéré fin 1952 (c'est faux, je l'avais simplement croisé dans un couloir) et que les Viets n'avaient admis les « conversions » qu'après un an de discussions, L'ordre de bataille des unités est tombé intact entre les mains des Viets. Weinberger (3/3 REI) et moi renchérissons très fortement (nous avons, lui et moi, connu les prisons nazis et parlons en anciens des prisons), nous devons coûte que coûte tenir ferme et faire face aux exigences viets

. Lors-de-la-fouille, Nous n'avons pas de soucis (!), de contingences matérielles. La nourriture nous est apportée midi et soir : un bol de riz et quelques liserons d'eau, il y a un point d'eau pour la toilette (!), des latrines propres pour le jour et une tinette pour la nuit. Nous sommes enfermés dans la baraque chaque soir et le jour

, Quand le trou est bouché, on en creuse un autre pour combler le précédent. Un Bo Doi rieur, toujours le même, fusil à la bretelle, est commis à la surveillance allant d'une équipe à l'autre. Nous lui avons appris à siffler « un petit navire », ravi, il n'arrête pas et nous signale ainsi son approche. Dans son dos, nous déterrons des racines de manioc, bon complément de nourriture. Je peine pour en manger, Nous sommes astreints à des travaux que nous faisons volontiers en guise d'exercices physiques

, Je me minimise, je ne suis pas de carrière mais un réserviste rappelé, sorti du rang parla Résistance. En Indo, je n'ai fait que former des opérateurs radios et filistes et si j'étais au Ba Wan, ce n'était que pour trois mois pour monter la section Trans avec comme personnel mes anciens stagiaires, ils sont prisonniers, vous pouvez vérifier. Les interrogatoires portent aussi sur le chiffre, les codes, Quelques uns d'entre nous, pas tous, sommes souvent interrogés la nuit dans une baraque à l'entrée du camp devant l'effigie d'Ho Chi Minh

.. , Nous nous insurgeons : nous étions dans la Résistance contre le Nazisme, alliés avec les Russes. Nous nous sommes battus pour défendre la liberté, pas pour asservir. D'ailleurs, moi, simple radio qui ai souffert la torture de la Gestapo, je me suis juré que jamais personne, devant moi, Une fois, je suis interrogé avec Georges par deux nouveaux, totalement inconnus, sur les activités (brutalités) colonialistes : viols, vols, incendies, tortures

, Je ne plaide donc pas pour moi, mais pour mes camarades, je peux le dire, le clamer très fort, c'est un vol et surtout une atteinte morale. A bout de souffle et surtout d'arguments, je me tais. Il y a un silence puis conclusion des Viets : nous allons en référer à nos supérieurs. Je lâche alors, au hasard, une nouvelle flèche : -Faites un bon compte-rendu, veillez à ce qu'il soit transmis très haut. Ma femme enseignante à Hanoï fréquente des collègues de Giap et même des membres de sa famille. A mon retour, Les interrogateurs se regardent sans rien dire, ils semblent étonnés. Je me lance alors dans une diatribe sur nos conditions de détention, la Convention de Genève, les droits de l'homme

. Georges, Cet interrogatoire nous rapproche, il raconte à nos compagnons quelque peu effarés, mes dires, ma véhémence. Certains, toujours les mêmes, critiquent

. Au, . Weinberger, and . Allié, des Russes en 39/45, je scandalise le Can Bo du jour qui cite l'Humanité qu'il nous remet (1952/1953) en disant que ce n'est qu'un petit journal de polémique. Son tirage, dis-je, est le ¼ des grands journaux de province et le 1/10 de ceux de Paris. Un de ses collègues vient en renfort

. Il, avec Georges nous rassemblons près de 200 contre-pétries que nous inscrivons sur du papier bambou subtilisé aux gardiens. Ce papier, très fin, de teinte bistre

. Fin, D. Fièvre, . Nous-alertons-le-bo-doi-qui-en-appelle-un-autre-et-un-can, . Bo, . Georges et al., Unpeu honteux de le laisser seul s'occuper de ce pauvre hère, je viens l'aider. Dés qu'il reprend connaissance, Georges l'oblige à manger du riz délayé dans de l'eau, nous le soutenons, le portons à la tinete. Peu à peu, il reprend quelques forces et nous raconte son histoire en nous demandant de ne pas la répéter. En 1942/1945, il était pro Allemand, membre cadre du P.P.F 924 . A la libération, il avait fui en Susse d'où, en 1946, il s'était engagé à la Légion sous le nom de Hugner pour continuer son idée de combat contre le communisme et être réhabilité. Après Bel Abbès, Saïgon. Il a des connaissances médicales ce qui lui vaut d'être infirmier, assistant dentaire à l 'Hôpital. En 1948, la Légion retrouve son nom : Péchard, ses antécédents et le renvoi en France pour l'exclure. Il sera très certainement arrêté, jugé, condamné mais, sur le bateau, il retrouve une connaissance, cuisinier à bord. Celui-ci le cache, le nourrit et il refait le voyage vers l'Indo où il débarque clandestinement

, Les Viets l'apprennent peut-être, en tout cas, l'accusent, l'arrêtent et le font venir à Cho Chu : 90 jours de marche, 1 500 kilomètres

J. Le-13,

, Nous sommes rabroués : c'est une Fête Internationale, nous n'avons pas le droit de l'accaparer : point. Grâce à la bienveillance du Général Giap qui fait appliquer la politique de clémence du Président Ho Chi Minh, nous aurons droit à un repas de fête. Notre pitance consistant en une ké bat (bol) de riz deux fois par jour avec quelques liserons d'eau, un jour sur deux 925 , le 14 juillet, nous aurons le riz

E. Dujon,

F. Parti-populaire,

. Le-père-heinriche, des feuilles de tabac, c'était peut-être après l'Armistice. Je ne me souviens pas d'avoir eu une sardine ou une feuille de tabac. Nous pensions être au Sud Ouest de la chaîne montagneuse du Tam Dao (alors que nous étions au Nord) et j'aurai vite retrouvé les terres où j'avais promené le Commando 15 en février/mars 1952, au pied de la station d'altitude nommé Tam Dao. J'avais décidé le départ pour le 4 août un peu par superstition

, Weinberger, Itney le pilote cafardeux qu'il fallait secouer en permanence, Liaboeuf et moi. Péchard me prend par la main : -Si vous vous évadez (tous les Officiers se tutoient, le vouvoiement lui est réservé), ou si vous êtes libérés, pensez à moi, ne m'abandonnez pas, dites à la France où je suis, Le 24 juillet, nous sommes appelés à prendre la route vers le camp N°1 : Dujon, de Chapotin

C. Promis, Officier, je m'occuperai de toi (tutoiement pour la circonstance)

, Certains avaient une mycose entre les orteils. Péchard fit brûler un bout de tissu de coton, flamme étouffée, le coton incandescent continua de fumer, Les connaissances médicales de cet homme nous ont rendu service

U. Petit-gradé, B. Deux, . Doi-bien-gentils-nous, and . Escorteront, Nous camperons en route dans des villages, nos gardiens paient la nourriture, nous achètent des bananes, les buffles nous regardent passer sans charger, et c'est la route des vacances. Dujon et Weinberger seraient bien d'accord pour fausser compagnie nos guides mais Itney nous gêne

». Nous-rencontrons-un-«-rallié and . Un-italien-déserteur-de-la-légion, Il nous avait été précisé l'interdiction de parler avec des Européens si nous en rencontrions, mais celui-ci chantonne en italie, et je lui adresse la parole dans sa langue que le Bo Doi ne comprend pas. Le gradé me bouscule pour m'éloigner mais je me sens devenu fort, le « rallié » vient de m'apprendre la signature, la veille

, Le cas était prévu : les Bo Doi avaient du fil téléphonique de campagne dans leur sac. L'un deux me tiendra en laisse 926 , l'extrémité enroulée sur son poignet

, Au passage à gué d'un cours d'eau, sautant de pierre en pierre, j'attends que mon gardien arrive sur une pierre pour sauter sur la rive d'en face. Entraîné par la laisse, le Bo Doi perd l'équilibre et prend le bain. Je suis frappé, sous l'oeil contrit de mes compagnons

, J'avais dit qu'à la libération, je ferai imprimer des cartes de visite avec : dernier attaché militaire français en République Démocratique du Viet Nam

, nous croisons une dizaine de collègues trottinant avec une charge de riz. Le Camp N°1 est à deux heures de là. Je leur dis la nouvelle et ils partent en courant malgré leur charge pour aller très vite l

, Avec Dujon, je suis placé avec les collègues de Dien Bien Phu dont Dutel

, Je n'ai pas de souvenirs spécifiques de la quinzaine de jours passés là, sauf que la nourriture était supérieure à celle de Cho Chu avec de la viande de buffle (pas trop) tous les ¾ jours, cause de nombreuses coliques parce que trop grasse pour des organismes fatigués

C. , appris à brancarder un malade en trottinant au rythme du tressautement du brancard provoqué par la flexibilité des bambous le composant. La technique était bien au point : 4 hommes avaient le brancard sur les épaules, 5 ou 6 suivaient, tous les 200 ou 300 mètres, sans un mot, sans un geste, un des suiveurs prenait place sous le brancard. Nous portions ainsi un homme à environ 8 km à l

, Un après-midi, 27 d'entre nous

, Nous nous regardons : Bizarre, suspect, il n'y a que des hommes qui doivent être classés dans les plus mauvais sujets. Le Commandant Ducasse émet l'idée rassurante quel es Viets veulent se débarrasser au plus vite de ceux qui mettraient la pagaille

. Drouin, Après trois heures de marche environ, nous arrivons juste avant la nuit, dans un petit camp très bien installé mais l'escorte s'est renforcée et les Bo Doi ont réarmé les mitraillettes : Nous attendons la liquidation

, Au milieu de la troisième nuit, réveil assez brutal, nous pensons que c'est la fin. Stupéfaction ! Can Bo Bo Doi sourient, les chargeurs des Mat son repliés

, Je l'aide, le tire, le porte, il faut faire des haltes. Les Bo Doi nous laissent seuls sur une ancienne route dotée de bornes kilométriques aux inscriptions effacée. Nous en comptons dix avant de rejoindre, en fin d'après-midi, nos collègues, sans rien manger. Le lendemain, Dujon va mieux

J. , Coups et menaces : -Vos camarades s'en vont, (effectivement, la colonne passe sous la fenêtre), vous, vous restez ! Un de mes interrogateurs me dit avoir fait des études en France et être ingénieur de Centrale, je lui réponds que je ne suis qu'un primaire, mais je me souviens d'avoir lu quelque chose dans « Sciences et Vie » sur le procédé de fragmentation des fréquences, c'était l'hiver 1951, en cherchant dans les bibliothèques, il trouvera l'article. Il comprend que je me moque de lui, me lance « deux baffes, son bouc la suit pas à pas, ce sera pour nos repas. Dans un bourg

, Nous y restons quatre jours, nos cuisiniers reçoivent un peu plus de riz, de sel, de liserons, Notre groupe, réuni avec tous les autres du Camp N°1 retrouvé, arrive dans un camp plein de tombes fraîches de la veille

, Des collègues reçoivent du courrier, les Pères Stilhe et Jeandel, un colis contenant le nécessaire pour dire la messe, Botella, un petit paquet de produit pour faire repousser les cheveux en instance à Hanoï depuis avril

, J'ai gardé une tablette de chocolat et la partage avec Kiki Legrand qui ne fait pas partie du groupe où je suis 927 . Le kraft d'emballage (2 M2) va servir aux camarades à rouler nombre de cigares (j'ai arrêté de fumer le 7 mai). La lettre de ma femme précise qu'elle s'est mise à la disposition de l'Office du Prisonnier à Hanoï), Je suis rappelé pour percevoir un colis de 3 kg, je dois en faire l'inventaire en trois exemplaires sous l'oeil très soupçonneux du Can Bo

, à ma libération, que les médicaments ont été fournis par Thuriez, ancien Chef de la 1ère

, sa femme enseignait à Hanoï avec la mienne. L'un de ces médicament, la Téramycine je crois, était encore inconnu de nos collègues médecins mais il y avait la notice d'utilisation et Rouault m'a affirmé qu'un malade avait été sauvé par ces médicaments. Nous partons vers le Fleuve Rouge

. Retardé-encore-par-le-«-centralien, Je réussis à faire raser ma barbe de 4 mois pour me présenter propre à ma femme et à la nuit, j'embarque sur un L.C.M 928 . La route est longue, mais joyeuse jusqu'à Hanoï où j'arrive le 3 à 2 heures du matin. Rouault, au courant de mes retards successifs, arrivé dans la soirée, ne m'ayant pas vu au Camp précédant la liberté, est resté inquiet à m'attendre tenant compagnie à ma femme. J'aurais dû aller, comme tous à l'hôpital, mais le toubib chef, sur affirmation de bonne santé, Camp des festivités de la Libération bien après la fin des agapes

R. Douche and . Froid, effets propres, mais « nazu fin », ma femme dit que je sens mauvais, l'odeur aigre de la « bacade », la pâtée des cochons dans son Périgord. Redouche, friction à l'alcool, rien n'y fait

, Au bout de trois jours, Dutel dit : « Tu es trop bête, je vais le faire, à chacun une Ké Bat rase et non tassée, Au camp N°1, j'avais été désigné pour distribuer la nourriture du groupe

. A-ce-camp, beaucoup ont pu récupérer bagues, alliances et piastre qui leur avaient été confisquées. J'ai eu la montre bracelet et rien d'autre. Les « yats » prises à la fouille dans le convoi n'avaient pas été inventoriées

, Je n'ai à répondre que sur deux collègues, le le fais le plus honnêtement possible, en minimisant les faiblesses. Ceux qui nous posent les questions ne peuvent comprendre nos misères et l'état de déficience morale d'hommes qui ont subi l'enfer de, Alors que la plupart de mes collègues n'ont rien à dire, nous sommes quelques uns à qui le B2 demande des comptes rendus sur notre séjour chez les Viets, les questions qui nous ont été posées, nos réponses, le comportement de untel et de tel autre

, pour une table de cuisine « détériorée » alors que tous les meubles prêtés, que nous rendons, iront, dés leur réintégration, finir sur un bûcher au centre de la citadelle, J'ai des discussions avec l'Intendance, voulant m'imputer 50 piastres (500 F)

T. La-ville-d'hanoï-est-triste,

, Certains sont partis, abandonnant tout, d'autres ont sorti sur le trottoir leurs meubles, leurs bibelots, et les vendent au plus offrant. Dans tous les quartiers, on assiste à une grande et sinistre braderie. Nous ne pouvons même pas acheter, nous partirons par avion avec 40 kg de bagages par personne, nous laisserons des objets, par exemple, une très belle cloche en bronze, Pour nous, c'est bien sûr une débauche de bons repas, de soirées au Club, mais voir les Vietnamiens, qui avaient été nos alliés, nos employés

C. Reine and L. Chatte, Cette pauvre bête était affolée par le bruit des moteurs, la différence de pression en altitude lui faisait mal aux oreilles

, Il fut proposé à Reine et à Colette une natte dans un dortoir et pour moi, un lit Picot dans les couloirs du Camp des Mares. Mateille, le Directeur monégasque du 4 étoiles « Le Majestic » nous accorde une chambre pour deux nuits. Reine demande son affectation au lycée Chasseloup Laubat, ce qui lui vaut une chambre, petite, étroite, Saïgon était surpeuplée de Vietnamiens et d'Européens, civils et militaires, toutes les chambres disponibles autrefois étaient occupées par deux ou trois personnes

A. Je, revenue en second séjour avec le grade de Sous Lieutenant, occupant le poste pour lequel j'étais venu en Indo. Avec au moins autant de plaisir, je revis le Sergent Serge Montalbano, rescapé lui aussi de la captivité, malgré 400 kilomètres de marche avec son pied blessé

, Il va les liquider après avoir démontré aux cerveaux de l'Etat Major que le rapatriement des brêles coûtera le double de l'achat en rance de ces mêmes animaux 929 . Il fallait y penser, mais l'avoir clamé avec impertinence lui coûtera sa Légion d'Honneur. A son cantonnement de Cholon, il y a une chaloupe de 7 mètres de long, mue par un moteur de GMC, baptisée « Pitalugua, Pierre Moslard est aussi à Saïgon où il a ramené les reliquats de deux Muletières d'Hanoï

, Après un somptueux repas, nous faisons une promenade sur le Mékong jusqu'à la « Pointe des

. Blagueurs, tout au long d'agglomérations de sampans renforcés par des bottes de bambous afin de pouvoir flotter

. Le-soir-de-cette-promenade, Elise et moi, tous trois d'un bon 1,80 mètre, nous nous y sommes entassés avec Reine et Colette sur nos genoux pour aller dîner à l'Arc En Ciel. A ce restaurant, il y avait aussi du nouveau : toutes les glaces extérieures avaient reçu un grillage de protection et un cerbère contrôlait la double porte d'entrée. En repartant, Reine a emporté un gros pot de plantes vertes, le gardien l'a regardée sortir sans rien dire, après avoir été trempé jusqu'aux os par un orage, nous avons pris un taxi, la nouveauté à Saïgon : une 4 CV Renault. Moslard

A. Saïgon, Tousles Mess étaient pleins, tant en ville qu'en périphérie, tous les restaurants avaient relevé leurs trarifs de même que les cyclos et moto-pousses, pourtant concurrencés par les taxis 4 CV. Les chambres d'hôtel étaient introuvables, bien que leur prix ait doublé. Je l'ai constaté au « Majestic » pour la chambre que j'ai eue en 1952 lors de l'arrivée de Reine avec la même chambre attribuée par faveur en septembre 1954. En 1951, la guerre semblait très loin de Saïgon, en 1954, la ville en était débarrassée, Il y a un peu plus de monde, civils ou militaires, Européens ou Vietnamiens. Les civils sont des réfugiés, les militaires sont dans des Etats Majors pléthoriques, vol.930

, abri de l'armistice, la continuation de la guerre ; l'Armée Française préparait son départ ; l'Armée de BAO DAÏ préparait la défaite à venir, ses conseillers techniques U.S. préparaient l'arrivée de leur Armée

, Le transport des mulets de Hanoï à Saïgon, par avions aménagés, avait été très onéreux et inutile, les brêles excellents pour les terrains montagneux, accidentés du Nord, étaient inutilisables dans les plaines marécageuses du Sud

, Hinh était colonel, pilote dans l'Armée de l'Air Française, il réintégrera son grade après le départ de Bao Daï et terminera général en France

T. Dans-ce, ce brouhaha, cette folie de vivre dans le plaisir et la jouissance, je cherchais ma voie

, étais en famille, je devins l'Officier liquidateur du 5e BPVN. Botella me confia tous les dossiers qu'il avait entamés, notamment le suivi des décorations Vietnamiennes C'est ainsi que je fis connaissance des pertes exactes du Ba Wan, bataille de Dien Bien Phu et captivité cumulées : Sur 642 hommes ayant, soit sauté le 14 mars

, 7 disparus sur 8. Seuls, 5 Vietnamiens avaient été rendus par la clémence de Ho Chi Minh, tous grands blessés et deux s'étaient évadés dont Phan Van Phu 931 tant recherché le 8 mai par l'ennemi

, à la piscine où j'allais chaque jour, je rencontrais et parlais avec des Officiers de la Commission Internationale d'Armistice, Canadiens et Hindous. L'un de ceux-ci me dit qu'il partait à Hanoï pour concertation d'une dizaine de jours avec ses collègues du Nord

. De-péchard, . Lui-demandais-de-bien-vouloir-se-renseigner-sur, and . Lui, A son retour, il m'affirma que l'intéressé était en liberté à Hanoï où il désirait s'installer, mais qu'il ne voulait

R. , Hôpital Grall pendant trois semaines, essentiellement pour y subir des examens. A sa sortie, elle eut droit à une quinzaine de repos et nous décidâmes alors notre retour en France où les soins éventuels seraient certainement mieux adaptés à son état. Ayant appris que tous les ex Prisonniers des Viets avaient droit à un séjour de remise en forme, tous frais payés avec leur famille, je choisis d'aller au Cap Saint Jacques, petit paradis au Sud de la Cochinchine en attendant notre départ pour la France, Nous fûmes logés dans un hôtel sur la

, Le 2 décembre 1954, accompagnés par Antoine, nous embarquions sur le « Clément Ader » paquebot tout neuf. Retardés par une tempête en Méditerranée, nous sommes arrivés à Marseille le 25 après un réveillon improvisé à bord

. L'aventure-indochinoise-Était-terminée,

, il deviendra général et se suicidera en 1975, le jour de l'entrée des Viets à Saïgon

, Il y fonda « Les Enfants du Mékong », Association caritative s'étendant sur le Laos, la Thaïlande, le Cambodge ayant aujourd'hui son Siège à Paris, Tonton Péchard

. Frère, Je te joins nos convergences et nos précisions. Heinrich m'a dit avoir déjeuné chez toi où il doit revenir bientôt, son coup de fourchette est toujours très bon. Georges a des ennuis de santé dont, toujours aussi gouailleur, il semble peu se préoccuper alors que sa femme s'inquiète fort. Leur fille qui avait un « Trafic, Ne voulant pas te vieillir alors que tu es de loin plus jeune, je n'ai pas mis «Vieux Frère

. Bonfils, récemment opéré de son seul bras, vient de me faire parvenir la fiche avec photos qu'il a fait tirer à 20 000 exemplaires sur le monument de Rodel à D.B.Phu, elle sera sans doute diffusée avec le prochain Maoley. De Biré et Chanteux vont sans doute voir rouge, Rodel évoque la Légion et l'ANAP mais ignore notre association des anciens de DBP

L. Reine and ». Santé, Cette santé le plus précieux de tous les biens que nous vous souhaitons pour 1995. Bonne année Jean PS : j'ai

. Remarques--divergences--précisions,

. N'étant-pas-en, . Georges, . C. De-heinriche, and . Chu, 9 -A C.C. La cuisine était le fait des Viets " 10 -La fouille générale, totale, a eu lieu sur la route, le lendemain de la tentative Peraud " 16 -Mon vrai « pedigree » est in fine " 18 -Pilote B26 : Uney, revu à Pau en 55, le navigateur, surnommé « Bille en bois » par Georges, avait une cicatrice fendant la figure pour avoir plongé à travers la verrière après le départ du pilote. Ses reproches aggravaient les tracas de Uney sur la vertu de s femme ex miss Pau. A son retour

, Page 26 -Pour Georges et moi, la salle des interro est celle indiquée sur le plan Guichard