Agricultural practices, Predators, Preys, Grassland voles and Biodiversity

Résumé : Dans le contexte des grands bouleversements socio-économiques, technologiques et environnementaux des révolutions agricoles, les zones de montagnes sont souvent considérées comme favorables à la biodiversité et à des pratiques agricoles respectueuses de l'environnement. Pourtant, ces territoires subissent une pression anthropique réelle via l'agriculture ou la sylviculture menant à une des questions fondamentales du siècle à venir sur l'altération des ressources naturelles pas les activités anthropiques. Ces nouveaux systèmes agricoles ont entraîné l'émergence ou l'augmentation d'abondance d'espèces devenues des pestes agricoles. En raison des pertes de productions alimentaires, de la lutte chimique et des dégâts sur la faune non-cible, des réservoirs de zoonoses qu’ils représentent ou comme maillon essentiel des réseaux trophiques, les micro-mammifères et leurs pullulations représentent un domaine d’étude de première importance en écologie. Les politiques agricoles qui ont mené à une spécialisation des pratiques agricoles vers la production herbagère ont contribué à favoriser l’apparition des pullulations de campagnols prairiaux (campagnol terrestre et campagnol des champs) via l’augmentation de la production végétale et une homogénéisation du paysage agricole dans le Massif Jurassien et le Massif Central. Tandis que certains prédateurs comme les petits mustélidés se spécialisent dans la consommation de ces micro-mammifères. D’autres prédateurs, considérés comme généralistes, présentent une réponse fonctionnelle alimentaire en adaptant leur alimentation à la disponibilité de la ressource. Cette réponse fonctionnelle peut être à l’origine d’un report de prédation sur des proies alternatives aux micro-mammifères. Parmi toutes ces espèces, la petite faune chassable et patrimoniale représente à l’heure actuelle des enjeux de gestion et de conservation marqués. Cette thèse a pour but de comparer deux zones géographiques (vallée alpine de la Haute-Romanche et Massif Jurassien) présentant un degré a priori différent de connaissances sur les systèmes de pullulations de campagnols prairiaux. Nous avons, au travers de ce travail, comparé le phénomène de pullulation observé en Haute-Romanche avec les connaissances actuelles du Massif Jurassien. Nous avons également, par l’analyse de données de monitoring à long terme et la mise en place d’expérimentations de terrain, essayé d’apporter des informations quant aux relations entre proies et prédateurs dans un système de pullulation de campagnol prairiaux en milieu tempéré. L’objectif est de tenter une comparaison tant que faire se peut entre les deux zones géographiques pour améliorer la gestion de ces écosystèmes. Notre premier travail fut d’analyser les données récoltées entre 1998 et 2010 pour caractériser le fonctionnement spatio-temporel du campagnol terrestre en Haute-Romanche. Nous avons également confronté ces données à l’histoire agricole de la vallée entre 1810 et 2003 à l’échelle parcellaire. Dans un premier temps, nous avons constaté que le scénario historique agricole était similaire entre cette vallée de la Haute-Romanche et d’autres zones montagnardes européennes, avec une spécialisation sur la production herbagère et comme effet direct la disparition virtuelle des zones labourées, le cantonnement des zones de fauches dans les fonds de vallée et l’extension des zones de pâtures au reste des zones exploitées pour l’agriculture. En se basant sur ces données, nous avons pu mettre en évidence un lien corrélatif à l’échelle parcellaire entre l’occupation du sol actuelle et l’intensité de la pullulation du campagnol terrestre. Les zones pâturées ont présenté une amplitude de l’abondance en campagnol terrestre moins importante que les zones fauchées. L’occupation agricole actuelle étant directement dépendant de l’histoire agricole de la vallée, il apparaît vraisemblable que la spécialisation agricole vers la production herbagère dans cette vallée est, comme dans le Jura, à l’origine du développement de cet épisode de pullulation du campagnol terrestre. Hormis la cyclicité du phénomène, qui reste à observer compte tenu de son aspect nouveau dans cette vallée, il existe de grandes similitudes avec les connaissances déjà acquises dans le Massif du Jura et en Auvergne. Ainsi, le développement de la pullulation à l’échelle parcellaire montre un processus étalé sur environ 5 années, avec au moins une période de pic puis un période de déclin et une période de faible abondance. D’un point de vue spatial, l’épisode de pullulation a montré une diffusion spatiale sous la forme d’une vague de colonisation canalisée par le relief, partant du Nord-Ouest puis remontant la vallée de la Romanche vers l’Est. Dans le département du Doubs, après avoir tenu compte des tendances temporelles des données et de l’impact des traitements rodenticides sur notre zone d’étude, il apparait qu’il existe une relation statistique négative entre l’abondance relative du lièvre d’Europe et celle du renard roux. Dans le même 12 temps, il existe également une relation positive entre l’abondance relative en lièvre d’Europe et celle du campagnol terrestre. Cette dernière peut être considérée comme une indication d’un potentiel report de prédation du renard roux sur le lièvre d’Europe. Néanmoins cette conclusion présente comme limite majeur, le fait de ne jamais inclure d’analyse de régime alimentaire du renard roux durant la même période, nécessaire pour renforcer l’hypothèse du report de prédation de cette espèce en particulier. En travaillant sur la récolte de fèces de renard roux en Haute-Romanche, nous avons observé que, sur des parcours fixes, nous récoltions 4 à 5 fois plus de fèces en automne qu’en été et que, durant l’automne, les fèces étaient situées plus près des zones habitées. Concernant cette dernière observation, l’hypothèse proposée est la diminution ou la disparition de ressources alimentaires estivales et la dégradation des conditions climatiques en altitude forçant les renards roux à redescendre dans la vallée. Nous avons observé une forte occurrence d’insectes (et notamment d’orthoptères) dans le régime alimentaire du renard. Le campagnol terrestre et les campagnols du genre Microtus représente les micro-mammifères à l’occurrence la plus élevée dans les fèces de renard roux. Il semble que deux types de réponse alimentaire existent pour le renard roux dans notre système Alpin. Le premier est caractérisé par un comportement opportuniste du renard roux avec l’augmentation commune de certaines ressources alimentaires simplement en lien avec leur disponibilité saisonnière. Dans le même temps, lorsque l'abondance en campagnol terrestre diminue, l’occurrence d’autres items alimentaires augmente (fruits, méso ou macro-mammifères indéterminés, petits mammifères indéterminés et Microtus spp.). Il apparaît difficile de conclure à un report de prédation du renard roux sur les ressources alimentaires présentées ci-dessus. Toujours sur ces deux zones d’études, nous avons développé une approche expérimentale de la prédation par ajout et surveillance photographique d’une nouvelle « proie » (un leurre carné). La guilde observée des prédateurs est composée à 50% par des mammifères dominés par le renard roux et les animaux domestiques (chat et chien), à 40% par l’avifaune prédatrice dominée par les corvidés et dans 10% des cas par des prédateurs non identifiés. Ce dispositif nous a permis de constater une différence de vitesse de découverte du leurre carné en fonction du type de prédateur. Ainsi l’avifaune prédatrice découvre plus rapidement les leurres carnés que la plupart des prédateurs terrestres (le chat domestique présentant la même réponse que l’avifaune). La catégorisation en deux grandes typologies du paysage n’as pas permis de détecter d’effets de ce dernier sur la consommation du leurre. En utilisant une approche par analyses de données satellitaires, nous avons détecté un effet positif de l’augmentation de biomasse végétale sur la survie du leurre carné plaidant pour l’hypothèse d’un effet protecteur de la densité végétale. Néanmoins au vu de la faible part de variance expliquée par notre approche nous nous devons de rester prudents quant à cette observation. La relation statistique positive entre l’abondance de certains prédateurs (renard roux, corneille noire, milan royal) et l’abondance en campagnol terrestre que nous observons nous permet d’envisager une réponse numérique partielle des prédateurs via une mobilité spatiale d’une zone de pullulation à une autre. Ce résultat s’affirme comme une information nouvelle dans des systèmes tempérés tels que nos zones de moyennes montagnes. Nous avons montré une relation positive entre la survie du leurre carné et l’abondance relative en campagnol terrestre. Ce résultat représente à nouveau une indication de l’existence potentielle d’un report de prédation dans notre expérimentation. La reconduction de ce dispositif dans la vallée alpine de la Haute-Romanche nous a apporté des observations similaires. Ceci nous a permis de renforcer nos conclusions concernant le faisceau d’indices plaidant en faveur d’un report de prédation et donc d’une réponse fonctionnelle des prédateurs. Cependant, la faible part de variance expliquée dans chacune de nos analyses dans les deux zones d’études met en question l’importance du phénomène en regard des autres sources de variations dans ce type de système à multiples ressources alimentaires et nombreuses interactions possibles. En matière d’apport technique, ce constat amène donc à une réflexion à engager sur les moyens à mettre en œuvre pour limiter ce report de prédation potentiel sur des espèces dont le statut de conservation est déjà fragilisé. Un des résultats est la présence possible d’un effet positif qualifiable « d’effet refuge » de la biomasse végétale sur le temps de découverte des leurres carnés. La conclusion de cette thèse renforce l’idée qu’il faut attaquer la problématique globale du campagnol terrestre à la source en travaillant sur une rediversification paysagère. Concernant la prédation, les outils de régulation doivent être utilisés après concertation avec les différents organismes institutionnels en raison des questions économiques, éthiques et sanitaires qu’ils soulèvent. Pour renforcer les actions de terrain, la première des actions est le renforcement des systèmes d’observations de la faune sauvage sur le long terme et sur de larges échelles spatiales pour mesurer les effets potentiels des actions de gestion entreprises.
Type de document :
Thèse
Life Sciences [q-bio]. école doctorale environnement santé université de bourgogne franche comté, 2015. English
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Contributeur : Guillaume Halliez <>
Soumis le : jeudi 21 janvier 2016 - 15:48:33
Dernière modification le : mercredi 5 septembre 2018 - 17:04:03
Document(s) archivé(s) le : vendredi 22 avril 2016 - 10:17:33

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Guillaume Halliez. Agricultural practices, Predators, Preys, Grassland voles and Biodiversity. Life Sciences [q-bio]. école doctorale environnement santé université de bourgogne franche comté, 2015. English. 〈tel-01259687〉

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