De la quête d’efficacité en contexte participatif : la démocratie technique et ses contestations

Résumé : De la quête d'efficacité en contexte participatif : la démocratie technique et ses contestations Ces vingt dernières années en Europe, les sciences, les techniques et leurs risques ont fait l'objet d'une prolifération participative. Ainsi, en France, le nucléaire et ses déchets, les organismes génétiquement modifiés, les nanotechnologies ou le changement climatique ont été des dossiers saisis par des dispositifs participatifs ou dialogiques, communément réunis sous le terme de « démocratie technique » (Callon, Lascoumes et Barthe, 2001) ou de « dialogue sciences-société ». Ces dispositifs sont hétéroclites, mais visent à réunir des acteur.trice.s publics, des expert.e.s et technicien.ne.s et des acteur. rice.s sociaux pour co-construire problèmes et solutions grâce aux conseils de chercheur.se.s en sciences humaines. La forte implication des chercheur.se.s en sciences sociales dans ces dispositifs a ainsi été de nombreuses fois relevée 1 , menant Alice Mazeaud à constater « l'assimilation des questions de recherche aux questions indigènes et l'homogamie théorique des chercheurs » (Mazeaud, 2009) et Dominique Pestre (2011) à souligner qu'en matière de recherche sur la participation, « la dimension normative interfère explicitement avec l'ordre descriptif ». La question de la bonne temporalité dans la mise en place de dispositifs participatifs a constitué l'une de ces préoccupations hybrides, à la fois question de recherche et question indigène. De nombreux.ses chercheur.se.s en sciences sociales ont encouragé la mise en oeuvre plus précoce de la participation, jugée comme étant initiée trop en aval des décisions et de manière trop découplée de celles-ci (Joly, Marris et Hermitte, 2003). Les travaux ont ainsi mis en avant le besoin de mener les initiatives participatives « en amont » des projets débattus et ont insisté pour que la décision soit, sinon contrainte, du moins justifiée au regard des propositions issues des dispositifs participatifs. Cette préoccupation pour l'organisation d'une démocratie technique en amont du développement des technoproduits ne se mesure pas uniquement dans les travaux des chercheur.se.s en sciences sociales. En France, la trajectoire participative précoce de la biologie synthétique (ou biologie de synthèse) rend manifeste la propagation d'une préoccupation semblable dans la sphère politique. En janvier 2012, remettant son rapport sur la biologie synthétique pour l'Office parlementaire des choix scientifiques et techniques (Opecst), la députée de l'Isère Geneviève Fioraso déclarait ainsi : J'y vois la possibilité pour les autorités politiques de réfléchir très en amont […] aux conditions dans lesquelles un débat public pourrait être engagé de façon plus sereine et plus constructive que ceux qui ont eu lieu par exemple sur le nucléaire civil ou sur les organismes génétiquement modifiés (OGM), et plus récemment sur les nanotechnologies. (Opecst, 2012) Quand les chercheur.se.s en sciences sociales espèrent que la démocratie technique pourra « générer des transformations institutionnelles dans les sciences et l'innovation » (Wynne, 2007), les pouvoirs publics investissent l'amont en vue d'organiser des débats « sereins ». Le contraste entre les positions est encore plus marqué si l'on ajoute à ce tableau la voix des scientifiques promoteur. rice.s de la biologie synthétique, qui insistent également sur l'importance
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Contributeur : Sara Angeli Aguiton <>
Soumis le : lundi 18 février 2019 - 20:39:47
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Sara Angeli Aguiton. De la quête d’efficacité en contexte participatif : la démocratie technique et ses contestations. Hermès, La Revue- Cognition, communication, politique, CNRS-Editions, 2015. ⟨hal-02009557⟩

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