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Fiche concise HDR
Constructions grammaticales et discours
Pietrandrea P.
HDR. université sorbonne nouvelle paris III (02/12/2010), M.me Jeanne-Marie Debaisieux (Pr.)
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Paola Pietrandrea (, http://host.uniroma3.it/dipartimenti/linguistica/doc_pietrandrea.html)1
1 :  LaTTICe - Langues, Textes, Traitements Informatiques, Cognition
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CNRS : UMR8094 – École normale supérieure [ENS] - Paris – Université Paris III - Sorbonne nouvelle
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France
Constructions grammaticales et discours
Grammatical constructions and discourse
02/12/2010
Dans ce mémoire d'Habilitation à Diriger les Recherches, je retrace mon parcours de recherche et présente de façon détaillée les travaux que j'ai menés ces dix dernières années autour de la problématique des constructions grammaticales (notamment modales) repérables au niveau du discours. Dans le premier chapitre, je décris les recherches engagées sur les langues des signes dans la période précédant mon doctorat soutenu en 2003. L'étude de ces langues m'a permis, d'une part, de me familiariser avec des méthodologies adaptées pour l'approche de corpus de langue réelle et m'a convaincu, d'autre part, de la nécessité de relativiser le répertoire des structures, catégories, unités et propriétés des langues en général. Dans le deuxième chapitre, je décris la problématique centrale soulevée par ma thèse de doctorat, à savoir la définition de la modalité. J'insiste sur la démarche structuraliste adoptée dans ce travail, et montre comment cette approche m'a conduite à une définition très étroite de la modalité en tant que catégorie grammaticale. Cette définition m'a amenée à réduire la modalité à la modalité épistémique et à focaliser mon attention sur les verbes modaux et le futur épistémique de l'italien. Quoique cette définition m'ait permis de circonscrire mon objet d'étude et de mener des analyse complexes, j'ai dû reconsidérer la démarche adoptée quand j'ai commencé à élargir mes observables en incluant les adverbes modaux. Partant de là, j'ai décidé, pour la poursuite de mes recherches ultérieures, de définir la modalité d'abord en tant que catégorie conceptuelle pour observer ensuite sa réalisation grammaticale. Cela m'a poussée à inclure dans mon horizon théorique des notions et des instruments de description élaborés par (certaines) grammaires cognitives. Cette nouvelle approche m'a confortée dans l'idée que la modalité a une structure conceptuelle très complexe et que cette complexité se reflète dans la structure sémantique des marqueurs modaux. Dans le chapitre 3, je justifie mon adoption du paradigme des grammaires de constructions et je montre que ces grammaires constituent un modèle théorique particulièrement adéquat pour la description d'objets linguistiques complexes, tels que les marqueurs modaux. Je montre également que les grammaires de constructions relativisent la notion de niveau d'analyse, en posant la construction (c'est-à-dire toute association conventionnelle d'une forme et d'une fonction) comme seule unité d'analyse. Dans ce cadre, il n'y a pas de séparation théorique entre morphologie, lexique, syntaxe et discours : il est accepté que des différents niveaux de structuration peuvent accomplir les mêmes fonctions. Les études exploitant conjointement les grammaires de constructions et la théorie de la grammaticalisation ont confirmé que l'encodage du sens grammatical, traditionnellement reconnu comme typique de la morphosyntaxe, peut être accompli par des niveaux de structuration plus complexes. Cela ouvre, d'un coté, la possibilité théorique que le sens grammatical puisse être encodé même dans des structures du discours et, d'un autre côté, appelle une redéfinition de la notion même de sens grammatical (habituellement défini comme le sens des structures morphosyntaxiques). Je propose une telle redéfinition en postulant qu'une construction (de n'importe quel niveau de structuration) encode du sens grammatical, si elle encode un sens d'arrière-plan portant sur le reste de l'énoncé. Partant de la définition de la grammaire proposée dans le chapitre 3, je montre dans le chapitre 4 que les constructions modales ne sont en elles-mêmes ni grammaticales, ni lexicales. Ceci n'exclut pas d'identifier des constructions modales grammaticales dans des constructions complexes et je présente les études menées dans la littérature, aussi bien que par moi-même, sur les constructions modales complexes. Dans ce cadre, je justifie et décris ma première approche des adverbes modaux (notamment dans l'italien parlé), que j'ai étudié dans leur contexte discursif, en tant que marqueurs grammaticaux de la modalité. L'analyse des adverbes modaux au niveau du discours m'a amenée à focaliser mon attention sur l'encodage du sens grammatical au niveau du discours et à chercher une définition plus rigoureuse des structures du discours. Je décris dans le chapitre 5, la façon dont j'a réélaboré, en collaboration avec des collègues de l'Università Roma TRE, la notion de configuration de discours introduite par l'équipe du G.A.R.S. d'Aix en Provence dans les années soixante-dix. La configuration de discours peut être définie comme la séquence de tous les éléments qui, dans un discours, contribuent à réaliser ou à rééditer la même structure syntaxique. La configuration de discours se caractérise par sa structure topologique. Une configuration de discours est définie non pas par les catégories des éléments qui la composent, mais par sa forme. Cette forme peut être décrite en se référant à un certain nombre de patterns topologiques : listes d'éléments réalisant la même position syntaxique, parallélismes entre structures syntaxiques, glissement d'éléments d'une position préverbale à une position postverbale, etc. Les études menées par le G.A.R.S aussi bien que par nous-mêmes ont montré que ces patterns topologiques sont significatifs et qu'ils peuvent être, par conséquent, considérés comme des constructions. Je décris en particulier une étude que nous avons menée sur les significations grammaticales des listes. v Dans le chapitre 6, je présente trois études que j'ai effectuées sur les adverbes modaux dans le contexte de leur configuration de discours. Une étude sur l'adverbe polysémique magari montre que cet adverbe est associé avec des listes dans tous ses emplois et que sa signification change en fonction de la forme de ces listes. J'interprète ces données sémantiquement en montrant que l'association de magari a une liste d'options tient au fait que magari est un marqueur de non factualité et que chacune des significations particulières qu'il peut prendre n'est qu'une spécification de cette signification générale. Je rapporte ensuite une étude diachronique que j'ai menée sur magari dans laquelle je montre comment cet adverbe, optatif à l'origine a pu développer une signification non factuelle en se fixant dans des constructions à liste. Pour finir, je présente une étude effectuée sur deux adverbes quasi-synonymes, certamente et sicuramente. Je montre notamment comment l'observation de ces deux adverbes dans le contexte de leurs configurations de discours permet de relativiser leur synonymie. Certamente apparaît dans des constructions polyphoniques, tandis que sicuramente n'apparaît pas dans de tels contextes. Cette étude ouvre deux perspectives : elle montre, d'une part, la nécessité d'inclure des aspects pragmatiques (tels que la polyphonie) dans la description sémantique des modaux et, d'autre part, que la non intégration syntaxique de ces adverbes oblige à inclure une définition des structures macrosyntaxiques dans la description formelle des configurations du discours. Dans le chapitre 7, je décris mon approche de la macrosyntaxe et plus généralement de la syntaxe de l'oral développée dans le cadre de ma participation au projet d'annotation syntaxique du français oral, Rhapsodie. Dans ce projet, j'ai contribué à la définition des unités d'analyse micro et macrosyntaxiques typiques du discours oral. Ces unités fournissent des repères importants pour la détection de constructions grammaticales du niveau du discours. Je décris en particulier deux constructions dont le sens grammatical peut être identifié grâce aux repères fournis par l'annotation Rhapsodie : à savoir les listes à fonction textuelle et interactionnelle et les constructions parenthétiques à fonction modale ou illocutoire. Dans le chapitre 8, je présente les orientations de mes recherches futures, qui seront centrées sur la poursuite des analyses syntaxiques de l'oral, sur l'élargissement du nombre des constructions grammaticales que l'on peut observer au niveau du discours, sur l'observation des fonctions textuelles et interactionnelles des constructions modales, aussi bien que sur la validation diachronique et typologique de l'encodage de la grammaire dans le discours.
Sciences de l'Homme et Société/Linguistique

université sorbonne nouvelle paris III
Français

M.me Jeanne-Marie Debaisieux
M. Michel Charolles
M. José Deulofeu (rapporteur)
M. Laurent Gosselin
M.Michele Prandi (rapporteur)
M. Bernard Victorri

constructions – modalité – discours – corpus oraux.