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Fiche détaillée Thèses
Conservatoire national des arts et metiers - CNAM (16/06/2011), Guy Jobert (Dir.)
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La part sensible de l'acte : approche clinique de l'éducation sociale
Joëlle Libois1

Au cours des dix dernières années, la formation en travail social a subi de profondes mutations en raison des nouvelles références engendrées par le processus de Bologne. En Suisse, ces transformations répondent à une politique de valorisation de la formation professionnelle et d'adaptation des contenus de formation aux besoins des milieux économiques et d'ouverture à la mobilité internationale. Ainsi, la création des Hautes écoles spécialisées (HES) a pour ambition de répondre aux besoins des pratiques professionnelles via des missions de haut niveau dans les domaines de l'enseignement, de la recherche et des prestations de service. Depuis la mise en place du bachelor dans les HES, la multiplication des échelons de formation débouche sur une nouvelle hiérarchisation des professions dans le champ de l'intervention sociale et entraîne le risque d'un morcellement de l'agir professionnel. Notre projet de thèse s'inscrit de fait dans le cadre de ces transformations majeures en mettant l'accent primo sur les contenus de formation à dispenser dans une université des métiers dont la mission première est de répondre aux besoins du marché de l'emploi et secundo sur l'articulation entre connaissances et acquisition d'un savoir-faire tenu par les pratiques professionnelles, dans une perspective de formalisation des savoirs incorporés, de leurs modalités et de leurs limites; ce qui constitue, de notre point de vue, la préoccupation majeure de la formation professionnelle de niveau universitaire. Sur un plan concret, notre questionnement porte sur l'agir d'éducateurs sociaux en prise avec des situations qui permettent de visibiliser la complexité des situations où se mêlent les aspects institutionnels, professionnels et personnels dans les actes engagés au quotidien. Après avoir porté notre attention sur la dialectique entre contrôle social et développement de la personne, nous avons cherché à saisir les incidences de tels positionnements dans l'accompagnement de jeunes placés en foyer. L'analyse du matériel empirique constitue la part centrale de la thèse, nous explorons trois situations professionnelles à partir de méthodes indirectes pour accéder au réel de l'activité et mettre ainsi en lisibilité la complexité de l'agir. Nous avons tout particulièrement cherché à tenir une cohérence entre l'épistémologie de la clinique de l'activité et la construction méthodologique de notre démarche - pour saisir les dimensions clés de l'agir à partir des situations dans lesquelles sont engagés les éducateurs, puis, les enrichir d'apports théoriques. Nous développons la problématique de l'intentionnalité dans l'action pour l'interroger au regard du cadrage épistémologique de l'analyse de l'activité qui insiste sur la dimension contextualisée et située de l'agir. L'activité est alors comprise comme une interaction entre une part de soi maîtrisable et les forces en jeu provenant de la résistance posée par le réel défini au sens de Clot (1999), qui intègre ce qui échappe à la volonté du sujet. Les notions d'incertitude et de risque propre à l'agir s'opposent aux attentes institutionnelles portées par des discours normatifs visant le contrôle social et l'évaluation de l'action.Sous l'angle de l'approche clinique des situations, nous avons repéré à travers le contenu des autoconfrontations et des controverses professionnelles combien les éducateurs peinent à entrer dans la part sensible de l'acte via des situations liées aux thématiques du corps et de l'émotionnel. Cela nous amène à identifier le caractère normé de toute pratique et à insister sur le fait que le relationnel n'est pas affublé de vertus spontanées. Au contraire, il demande à être pensé, questionné et exercé dans le cadre des objectifs institutionnels. A cet effet, d'une part la notion de présence en référence à la notion de présence-absence (Piette, 2009) et d'autre part l'acte d'oser laisser faire émergent dans un accord commun, celui de postures et gestes essentiels au métier. En suivant Vygotski, nous défendons l'idée que l'émotion participe de ce qui fait penser. L'émotion entendue comme véhicule de la connaissance qui engage une part indéterminée de soi dans l'interaction à autrui et au monde. Position qui pourfend les discours usuels portés sur l'éducation sociale par une approche normative du "recul professionnel". L'intervention sociale se situe à la jonction de la critique et de la clinique : projet central des HES. Un travail majeur quoique de plus en plus ignoré et dévalorisé par les instances politiques centrées sur les diagnostics sociaux et les évaluations de l'action. Or, nous pensons que c'est justement entre ces deux pôles que se déroule l'acte au sens de Mendel (1998), acte qui demande engagement et prise de risque. La pensée rationnelle occidentale n'obtient d'autorité que par les capacités de mesure, de maîtrise et de généralisation qu'elle exige. Les impératifs de performance poussent à un surdimensionnement du travail par objectifs et à la prévision par l'élaboration d'indicateurs du devenir de l'acte. Dans ce cadre, parler d'efficience est évalué à l'aune de la mise en œuvre et de la réalisation du projet en oubliant la force de ce qui se construit dans le processus éducatif au quotidien. "Bien moins étudiée demeure la forme de pensée spécifique au sujet engagé de manière interactive dans la pratique proprement dite de l'acte" (Mendel, 1998). En dernière partie, l'analyse de l'activité est revisitée dans le contexte de la formation professionnelle. Nous nous positionnons en affirmant que les savoir-faire issus des situations complexes demandent d'abord à être rendus lisibles et dicibles pour, dans un deuxième temps, s'enrichir d'apports théoriques. Partant, c'est faire entrer les situations de travail dans le temps de la formation. Portée par la didactique professionnelle, l'articulation entre situation de travail et situation de formation permet une approche progressive de la complexité de l'agir et d'identifier les savoir-faire nécessaires à la mise en œuvre du processus éducatif. Notre investigation nous amène à affirmer in fine que les dimensions sociales et relationnelles restent constitutives de l'identité du travail social. La complexité des situations montre que la prise en compte de la dynamique relationnelle est indispensable à la compréhension du processus éducatif. Entrer dans cette dimension requiert des savoirs de haut niveau. Une approche clinique des situations de travail permet de rendre visible la part sensible de l'acte éducatif, dimension essentielle qu'il s'agit d'intégrer dans la formation professionnelle assurée par l'université des métiers.
1 :  CNAM Paris - Conservatoire National des Arts et Métiers
CRF
Travail social – Education des adultes – Clinique de l'activité – Présence – Savoir-faire

A professional sensibility : clinical approach of social education
During the last ten years education for social work underwent deep changes due to the new references generated by the Bologna process. In Switzerland, these transformations are answers to a policy of valuation of the professional education and of the adaptation of contents to the needs of economic circles and to the need to increase international mobility. Thus, the creation of the High Specialised Schools (HSS) convey the ambition to answer the needs of profesional practices through high level missions in the domains of education, research and service performance. Since the implementation of the bachelor system in the HSS, the multiplication of education levels results in a new hierarchical organization of the professions in the field of social intervention and entails the risk of a division of the professional acting.Our thesis project hence joins these major transformations by empahsyzing, primo, the contents of curricula to be given in a university of professions - the first mission of which is to answer the needs of the employment market - and, secundo, the joining of knowledge and acquisition of tacit skills belonging to the professional practices, in a perspective of formalization of the incorporated knowledge, of its modalities and its limits, which, from our standpoint, constitutes the major concern of the profesional education at the university level.Concretely, our investigation is about the acting of social educators who are involved in situations allowing the apprehension of the complexity of these situations where institutional, profesional and personal elements are interfused in daily actions. Having paid attention to the dialectics between social control and development of the person, we have tried to understand the consequences of such positions in the accompanying of the youths placed in a shelter. The analysis of the empirical data is the core of the thesis. Starting from indirect methods, we explore three profesional situations in order to reach the heart of the activity and, thus, allow the readability of the action's complexity. Taking into account situations wherein the educators are involved, then, enriching them by theoretical contributions, we have particularly seeked to maintain a coherence between the epistemology of the clinical approach to activity and the methodological building of our approach, in order to grasp the key dimensions of the acting.We shall develop the problem of intention in the action, in order to question it in the light of epistemological framing of the analysis of activity, which insists on a dimension that is contextualised and situated in the acting. The activity is then understood as an interaction between a manageable part of oneself and of the forces involved that proceed from the resistance opposed by the reality as defined by Clot (1999), which integrates what the will of the subject cannot grasp. The notions of uncertainty and risk, characteristic to the acting, are opposed to the institutional expectations carried by the normative speeches aiming for social control and evaluation of the action.In terms of a clinical approach to situations, we have pointed out autoconfrontations and controversies via contents.This leads us to identify the standardized character of every practice and to insist on the fact that the relational is not decked on spontanious virtues. On the contrary, it needs to be thought over, questioned and practiced in the frame of institutional targets. Therefore, on the one hand, the notion of presence in reference to the notion of presence-absence (Piette, 2009) and on the other hand, the act of daring let do, appear in a common agreement, essential postures and gestures to the profession.Following Vygotski, we argue that the emotion participates into the elaboration of a thought. The emotion understood as a medium. This position cleaves the usual speeches on social education via a normative approach of the "professional recession".The social intervention is situated at the junction of the politics centred on the social diagnostics and the evaluations of action. We precisely think that it is exactly between these two poles that the act in Mendel's sense (1998) takes place. It is an act requiring commitment and risk-taking. The Western rational thinking only obtains authority via the capacities of measure, control and generalisation that it requires. The imperative of performance generates an oversized load of work with precise goals set and induce forecast through the elaboration of the future of the act indicators. "The way of thinking specific to the subject which is interactively commited to the actual practice is still much less studied" (Mendel, 1998).In the end, the analysis of activity is revisited in the context of the profesional education. We assert that the tacit skills coming from complex situations require first to be made legible and expressible so that, secondly, it can grow rich of theoretical contributions. Hence, this means having the work situations enter the education schedule. Carried by the professional didactics, the articulation between work situations and education situations allows a progressive approach of the complexity of the acting and the identification of the tacit skills needed for the implementation of the educational process.To conclude, our investigation allows us to state that the social and relational dimensions remain constitutive of the identity of social work. The complexity of situations shows that, to understand the education process, it is absolutelly necessary to take into account the rational dynamics. High level knowledge is required in order to enter this dimension. A clinical approach of the work situations makes the sensitive part of the education act visible, and an essential dimension which has to be integrated in the professional education provided by the professional universities.
Social work – Adult education – Clinical approach to activity – Precense – Tacit skill