| CH.1. LE "CAS ITALIEN" : CRISE DE LA DEMOCRATIE ET CRISE DE LA FORMATION DEMOCRATIQUE DES CITOYENS Le premier chapitre résume et anticipe une grande partie des thèmes de la recherche. Le §.1 et le 2 montrent la surprise et l'égarement de certains autorisés intellectuels libéraux démocratiques face à la victoire de Berlusconi en 1994, qui, avec les transformations de la loi électorale en 1993, marquerait, selon l'opinion courante, le passage à la " deuxième République ". Ma recherche suggère plutôt que 1994 a été le retour à une culture antipolitique longtemps refoulée, que Berlusconi a bien su interpréter et représenter, tant dans ses télévisions que dans sa propagande politique directe. En revanche à mon avis, c'est la défaite des référendums de 1995 pour l'abrogation du duopole télévisuel et pour la limitation de la publicité (§.3) qui montre des indices bien plus forts de son hégémonie en tant que personnage public et " commanager " (" communication manager " - P. Musso), mais les politiciens traditionnels ont de graves responsabilités en ce qui concerne les origines du duopole et le développement de son hégémonie télévisuelle (§.4). Dans le §.5,6 et 8 j'expose les deux clefs d'interprétation de l'histoire de la néo-télévision qui guideront ma recherche surtout dans les ch. 5, 6 et 7 : l' " effet Meyrowitz " et l' " l'effet Chomsky " (les guillemets sont nécessaires car je ne prétends pas qu'il s'agisse de théories pouvant être universalisées et formalisées, mais seulement de critères pour l'organisation et l'interprétation des données historiques). La première suggère la possibilité que la néo-télévision en Italie ait stimulé la perte progressive de l'aura, du prestige et de l'autorité des parents, des politiciens et en général des adultes. La théorie de Meyrowitz, inspirée à la sociologie dramaturgique de Goffman, visait à expliquer l'époque des mouvements de la contestation en Amérique par le biais de la diffusion de la télévision parmi les familles américaines (50% environ d'entre elles avaient un poste en 1954). Mais le recours à la paléo-télévision ne peut pas donner de contributions importantes à la compréhension de ces mêmes mouvements en Italie : elle y était moins répandue, avait beaucoup moins d'heures d'émission, avait une seule chaîne au début et au maximum deux, etc. ; et de toute façon beaucoup d'autres stimulations (la contagion étrangère, p.ex.) se sont manifestées. La néo-télévision en revanche a constitué un changement rapide qui a concerné tous les aspects (heures d'émission, nombre de chaînes,etc.), donc ont peut s'attendre à une ultérieure perte de prestige des adultes, mais dans une forme différente par rapport à la contestation. L' " effet Chomsky " peut intégrer l' " effet Meyrowitz ". Selon Chomsky, les médias qui vivent de publicité doivent " produire " (je dirais : attirer, sélectionner, former) leur public, qu'ils devront " vendre aux annonceurs ". Les grilles de la néo-télévision seront donc au service des exigences des ces derniers. Il ne s'agit certes pas d'une idée nouvelle, ni d'une idée de Chomsky seulement, qui l'emploie de façon apodictique dans sa polémique contre les media mainstream :,elle est partagée entre autres par Antonio Pilati, avec une intention décidemment apologétique (cf. §.8). Naturellement cet " effet " est encore moins déterminable de manière scientifique, car la formation concerne notamment en tant que telle la longue période, est le résultat de trop de facteurs croisés, et ses conséquences sont difficilement prévisibles, sinon carrément imprévisibles. Néanmoins les attitudes des italiens envers la publicité et les marques ont changé depuis de façon si radicale (comme on le voit dans les sondages Eurisko) que l'on ne peut que les mettre en relation avec le développement contemporain de la néo-télévision. En outre la publicité adressée aux enfants vise à en faire des consommateurs autonomes par rapport à leurs parents et renforce l"effet Meyrowitz.". Les deux effets tendent à faire de la télé un curriculum éducationnel autonome. Dans le §.10 je propose quelques modifications à l'idée de M.Panarari d'"hégémonie sub-culturelle" de Berlusconi : la néo-télévision et les gossip magazines s'adressent à des sub-cultures populaires spécifiques et dialoguent avec elles, tandis que l'hégémonie traditionnelle descendait des grands intellectuels, passait à travers les maisons d'édition et les journaux, pour s'adresser surtout aux " intellectuels de base " (du prêtre à l'enseignant, au militant de parti, au licencié en général...), qui d'une façon ou d'une autre portaient les messages aux citoyens communs par le biais de la "conversation démocratique". Dans les derniers paragraphes je développe l'idée que l'inefficacité du système formatif public n'est pas un problème seulement pour les droits sociaux des personnes moins aisées, mais, lorsqu'il y a une hégémonie des annonceurs et des télévisions sur l'éducation, ça l'est aussi pour le fonctionnement correct du système démocratique et pour la liberté de tous. CH.2. LES CATÉGORIES D'INTERPRÉTATION : COMMUNICATION DÉMOCRATIQUE ET FORMATION DES CITOYENS À LA DEMOCRATIE Dans le deuxième chapitre, en m'inspirant à la philosophie politique d'Habermas, je propose un modèle de circulation démocratique de la communication et du consensus qui est beaucoup moins exigeant que la " sphère publique bourgeoise " habermasienne. Dans une telle sphère, dans une situation de concurrence parfaite, tant parmi les idées que parmi les citoyens (bourgeois) qui argumentent librement sur les premiers journaux londoniens, l'opinion publique est idéalement en chemin vers le savoir et, en se manifestant, elle constitue une critique et une correction permanente à l'action du gouvernement (§.1). L'extension du droit de vote à tous n'a pas réussi à étendre à tous même la sphère publique. En acceptant cette situation de fait, le modèle proposé fait une distinction entre les sphères différentes de la circulation des idées : celle scientifique, qui concerne une élite, celle journalistique, qui concerne aussi les " intellectuels de base ", et la " conversation démocratique ", qui concerne ces derniers et les citoyens communs. Entre ces systèmes de circulation il n'y a pas d'égalité de ressources informationnelles et de compétences interprétatives. En outre, les citoyens communs peuvent envoyer aux sommets de la société seulement des signaux extrêmement simples : le vote, la grève, la protestation... Ils peuvent exprimer seulement a posteriori leur consentement ou leur dissentiment aux propositions qui viennent d'en haut (§. 2-3). Ce cadre politique est conforme au principe libéral du gouvernement avec le consensus populaire, même sans participation directe à la formation de l'opinion (comme dans la sphère publique bourgeoise). Mais il n'empêche d'espérer une extension postérieure de la participation grâce au progrès de l'instruction publique -prévue par les constitutions démocratiques- et des moyens de communication, et il ne nous contraint pas à abandonner projet originaire des lumières. Toutefois même ce modèle moins exigeant a besoin non seulement de la liberté de circulation des idées et des information dans les journaux de qualité, lus par les intellectuels de base, mais aussi d'un niveau culturel minimum de la part des citoyens communs et de la possibilité d'un dialogue entre ces derniers et les intellectuels de base, pour que le consensus soit toujours un consensus rationnel informé. Si la confiance dans les intellectuels de base en général s'amoindrit, les citoyens politiquement non compétents perdent une ressource importante d'information et d'évaluation. Et cela peut se passer par exemple dans la mesure où les hypothèses du chap.1 s'avèrent à propos de la perte de confiance dans les adultes -appliquées aux intellectuels de base et aux enseignants en particulier- à cause entre autre du développement de la néo-télévision. CH.3. FORMATION DES CITOYENS, ESPACE PUBLIC ET CONVERSATION DEMOCRATIQUE EN ITALIE DE L'UNIFICATION À 68 Ce chapitre, ainsi que la première partie du suivant, parcourt l'histoire de la société italienne à partir de l'unification pour comprendre combien elle s'est rapprochée des standards du modèle proposé dans le chapitre 2. J'étudie en parallèle l'histoire des médias et l'histoire de l'école pour comprendre quelles ressources informationnelles a eu la conversation démocratique au fil du temps. L'Italie unie se trouve dans une situation tragique d'arriération culturelle par rapport au reste du monde occidental. Selon les estimations au moment de l'unification, l'italien était compris et parlé par un pourcentage de la population entre 2,5% et 10%, et les analphabètes étaient 78%. L'Italie en 1874 déclarait officiellement (probablement en sous-estimant le phénomène) 48% d'analphabètes, contre 15% de l'Angleterre, 8,7% des États-Unis, 2% de l'Allemagne, 1% des pays scandinaves. En outre le pays était partagé en deux : certaines régions du Nord avaient 35% d'illettrés en moins qu'au Sud et, avec la politique nationale de scolarisation primaire, les distances dans certains cas auraient même augmenté, malgré le progrès général. En revanche, l'Italie a eu toujours trop de licenciés par rapport à ses potentialités d'emploi, car les études supérieures étaient le moyen typique employé pour la mobilité sociale dans une société bloquée pour beaucoup d'aspects. Beaucoup de ces intellectuels de base frustrés ont guidé des formes d'opposition extra-parlamentaires. En outre, l'appartenance à des classes sociales précises ou à des milieux politico-culturels tels que le milieu catholique ou socialiste limite le dialogue et entrave le pluralisme des idées. La tradition classiciste avait aussi la fonction de freiner l'accès à l'école des classes inférieures : on a dû attendre cent ans environ (1962) pour la réalisation d'une école publique unique pour les élèves âgés entre 10 et 13 ans, proposée après l'unification. Pendant le processus d'industrialisation, la librairie et toutes les industries culturelles ont manifesté de fortes tendances à la concentration. En même temps, les grands oligopoles industriels (au sens strict) essayaient de contrôler les journaux les plus importants. Tout cela concerne évidemment l'information et la formation des intellectuels de base. Dans une telle situation, on ne peut pas dire, même pour la période qui précède immédiatement le fascisme, après l'introduction du suffrage universel masculin en 1912, que le pays est conforme aux standards du modèle. C'est après le fascisme qu'il se rapproche beaucoup de ces standards : les analphabètes sont désormais 8% en 1951, les diplômés et les licenciés augmentent et la diffusion progressive -dès 1954- de la paléo-télévision, qu'on regardera dans tous les cafés du pays, rend la langue italienne, la véritable langue universelle. Mais la guerre froide et l'appartenance de classe et de culture politique continuaient à diviser les catholiques des socialo-communistes et des laïcs-libéraux. Enfin la détente et le Concile Vatican II rendront possible une " conversation démocratique " plus large et une plus grande approximation au modèle jusqu'à ce moment-là. Les mouvements de 68 et des années soixante-dix, ainsi que le climat créé par le terrorisme rendront de nouveau difficile le dialogue entre une partie des intellectuels et les citoyens communs. En outre, la contestation apporte un grand contre-coup à l'autorité des adultes, des politiciens et des enseignants, de façon fondamentalement indépendante de l'" effet Meyrowitz ". Mais la contestation a porté aussi à la diffusion d'un sens commun laïc et libertaire, qui pousse les Non à la victoire des référendums pour l'abrogation du divorce (1976) et de l'avortement (1981). L'hebdomadaire "L'espresso" et le quotidien "La repubblica" sont les médias lus par les intellectuels de base progressiste mais détachés des idéologies, qui exercent une fonction de leadership dans ce domaine. CHAP. 4. FORMATION DES CITOYENS, ESPACE PUBLIC ET CONVERSATION DEMOCRATIQUE EN ITALIE DE 68 À LA CRISE DE LA PREMIÈRE RÉPUBLIQUE À la veille des années quatre-vingt, le progrès général n'élimine pas encore les différences entre les écoles septentrionales et les écoles méridionales, et entre les taux d'abandon scolaire du Nord et du Sud. Le développement urbain désordonné et l'inefficacité des services et des transports sont les résultats d'un développement tant rapide que chaotique et inégal. Ainsi, à cause aussi de cette situation beaucoup d'enfants seront laissés seuls à la maison avec le poste de télé. La poussée libertaire de 68 et les revendications libre-échangistes de beaucoup d'entrepreneurs sont à l'origine de la naissance d'un grand nombre de radios libres et d'un nombre certes plus limité de " tivù private " (télés privées). La densité des télés par rapport aux habitants deviendra en quelques années supérieure à celle des USA. La Rai, réformée en 1975, essaye bientôt de réagir à la concurrence. Le programme " Portobello " dès 1977 met en scène le sentimentalisme familial, les human-interest stories, et le petit marché du coin à mesure d'homme. Les paragraphes 3-9 sont consacrés à des sondages et à des analyses sociologiques et anthropologiques qui enquêtent sur le caractère national italien avant la néo-télévision : le but est celui d'identifier les aspects qui ont favorisé l'acceptation du " pacte néo-télévisuel " (Casetti - cf. ch.5) et plus tard du message de Berlusconi. Il s'agit de l'antipolitique, de la méfiance envers l'idéologie et envers les intellectuels, de l'individualisme, de la xénophobie et de la peur de ce qui est différent, de la tendance " low and order ", de la défense outrancière de la propriété de famille et de son entreprise, de la conviction que le succès ne dépend que de la connaissance des personnes qui comptent... R.Putnam en revanche a fait ressortir le " capital social " qui existe dans certaines régions du Centre et du Nord, qui est un héritage historique de vertus civiques. CH. 5. NÉO-TÉLÉVISION ET FORMATION Ce chapitre, très long, a pour but (ainsi que les deux suivants) de mettre à l'épreuve les deux clefs d'interprétation (ch.1) sur le développement de la néotélévision. En premier lieu, j'ai examiné les grands sondages Eurisko (§.2) qui témoignent du changement radical d'attitude envers la publicité, les marques et la consommation : entre autre l'attitude favorable à la consommation, selon un sondage de 1993, croît progressivement proportionnellement à l'âge - l'échantillon va de 14 ans à plus de 65 ans. Les sondages Iard (§.3) montrent en revanche l'augmentation progressive de la distance psychologique des enseignants dans la perception des jeunes. Ces données servent seulement à indiquer que quelque chose de semblable aux " effets " Chomsky et Meyrowitz s'est réellement passé. Après il s'agit de voir si les analyses classiques de la néo-télévision italienne peuvent nous expliquer leurs origines. Les paragraphes 4-7 exposeront donc une série d'analyses des contenus télévisuels. F.Casetti identifie les aspects fondamentaux du " pacte communicationnel " de la néo-télévision : entre autres, en position dominante, il y a le " pacte du commerce ", qui nous reconduit à l'esprit de " Portobello " (cf.ch.4). Selon Casetti, la néo-télévision imite les rituels de la vie quotidienne et les transforme en modèles. Le " rituel du commerce " rapproche donc les images quotidiennes de l'échange à celles du sponsor et de la marque. Il fait de l'apparition du sponsor, un rituel quotidien. On peut ajouter que ce processus essaye de faire accepter la grande marque et la grande entreprise par association avec le petit commerce de notre vie quotidienne. M.P.Pozzato analyse le glissement des images du public proposées par la paléo-télévision et ensuite par la néo-télévision et montre qu'il est représenté comme de plus en plus infantile au niveau émotionnel et de plus en plus pauvre en compétences et en connaissances réelles (dans le ch. 7, on parlera d'une tendance à l'infantilisation du public réel), mais surtout de plus en plus en tant qu'expert et fan des vedettes et des marques. Dans les jeux à quiz et dans les talk shows il affiche de la confiance surtout dans la chance, dans le look et dans la connaissance des personnes qui comptent. N. Rizza montre que le grilles s'adaptent aux exigences des annonceurs. Il s'agit) en premier lieu d'exigences de vente, mais il peut s'agir aussi d'intérêts stratégiques et de valeurs (Berlusconi bloque un programme réalisé dans ses studios qui faisait de l'ironie sur la publicité). Les paragraphes 8, 9 et 10, s'occupent surtout d'analyses du public télévisuel des enfants et des adolescents, dont certaines sont des enquêtes qualitatives (le paragraphe 10 compare différentes typologies d'adolescents consommateurs de télé). Par rapport à la gravité du problème, il faut remarquer que le matériel qu'on a produit est très maigre. Les résultats nous montrent un public juvénile au sein duquel il y a de grandes différences : ceux qui choisissent les produits en pensant à la publicité, qui prennent au sérieux les talk show dont les histoires sont évidemment inventées, qui regardent la télé trop longtemps, etc... sont une minorité, quoique importante, et souvent sont des défavorisés du point de vue social, culturel ou personnel-familial. Un groupe plus nombreux est celui de ceux qui s'inquiètent beaucoup de leur look, aiment les marques en tant que signes de distinction, ou sont des fans du star system. Mais il y a aussi un groupe relativement nombreux qui refuse le consumérisme et n'est pas trop intéressé aux marques et au look : une Italie divisée. Enfin, il semble que la théorie de Meyrowitz doit être intégrée ou substituée par d'autres : contrairement aux télés américaines des années cinquante, dans certains cas avec la néo-télévision, la dévalorisation des adultes est évidente et intentionnelle, comme dans certains programmes pour adolescents, ou comme dans la publicité pour les enfants, qui exalte leur autonomie. En outre la perte de prestige et d'autorité des adultes est probablement plus en relation avec la compétence médiatique supérieure acquise précocement par les enfants qu'avec la " découverte des arrière-scènes " goffmaniennes. CH. 6. LA VEDETTE BERLUSCONI ET SON HÉGÉMONIE Dans le ch.4, j'ai exposé des enquêtes sur le caractère des italiens, qui sont évoquées ici pour essayer d'expliquer la culture des télévisions de Berlusconi et l'attitude de complicité que beaucoup d'italiens ont eu à son égard, lorsqu'il n'était qu'un entrepreneur et lorsqu'il est devenu un politicien (§.1 et passim). À propos de sa stratégie télévisuelle, j'expose certains aspects de l'analyse de Freccero rapportée chez Martini 1985 (§. 4). Canale 5, " la télé pour les familles ", se présente comme une nouvelle version privée de la tradition de la Rai, dont beaucoup de vedettes ont été engagées en exclusivité par Berlusconi. Il encourage le développement du star system axé sur la télé, par le biais aussi d'une collaboration étroite avec " Tv sorrisi e canzoni ", l'hebdomadaire populaire plus vendu en Italie, qu'il achète. Italia 1 s'adresse en revanche à un public jeune, tandis que Retequattro pendant la journée s'adresse aux ménagères et le soir, cette chaîne à une fonction de contre-programmation en coordination avec les autres chaînes de Fininvest. Berlusconi contrôle trois réseaux nationaux : en ce qui concerne la publicité cela lui permet une politique diversifiée et efficace, qui comporte aussi, au niveau culturel, le fait que ses télés fidélisent des publics différents et dialoguent avec eux, toujours en se référant à l'image du " commanager " unique. Au demeurant, pendant les années quatre-vingt il était déjà un personnage public national de premier ordre, plus connu que n'importe quel autre entrepreneur et associé aux vedettes de son star system sur les couvertures de " TV, sorrisi e canzoni " (§.2 et 3). Mais l'hégémonie culturelle " horizontale " de Berlusconi et de la néo-télévision reste toujours incomplète, et sa " descente dans l'arène " politique provoque une opposition délégitimante de la part des mouvements et des associations -plus encore que de la part de ses adversaires parlementaires (§.6 et 7). Tant la liberté et le pluralisme dans l'information, que la conversation démocratique (à cause des distances sub-culturelles et de la perte de prestige des intellectuels de base) s'éloignent des standards du modèle, et il est difficile d'appeler consensus rationnel et informé notamment celui des référendums de 1995. CH.7. TRANSFORMATIONS PSYCHOLOGIQUES À L'ÉPOQUE DE LA NÉO-TÉLÉVISION : INFANTILISATION ET FORMATION DES CITOYENS La première partie du ch. expose les témoignages de quelques témoins privilégiés à propos des transformations psychologiques des italiens à partir de l'époque de la néo-télévision, ainsi que le débat entre le psychanaliste Recalcati et G. De Rita, président de l'institut Censis, sur le même sujet, mais en se référant à l'époque de la présence de Berlusconi en politique. Infantilisation, forte identification aux marques et aux vedettes, culte du shopping, narcissisme ésthétisant, tendance à la disparition de l'autorité paternelle et recherche illimitée de la jouissance, perte progressive de l'impulsion à désirer et à projeter : ce sont les tendances identifiées par les témoins et les auteurs cités. Ces tendances paraissent en contradiction avec l'attitude et l'idéologie de la compétitivité néo-libérales, aujourd'hui dominantes (Casiccia). Cette contradiction est à mon avis résolue du moins en partie justement par le narcissisme et par son illusion d'omnipotence. |