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Fiche détaillée Thèses
Université de Grenoble (01/12/2011), Isabelle Pailliart (Dir.)
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La formation médiatisée du citoyen en Italie pendant la transition vers la deuxième république
Federico Repetto1

CH.1. LE "CAS ITALIEN" : CRISE DE LA DEMOCRATIE ET CRISE DE LA FORMATION DEMOCRATIQUE DES CITOYENS Le premier chapitre résume et anticipe une grande partie des thèmes de la recherche. Le §.1 et le 2 montrent la surprise et l'égarement de certains autorisés intellectuels libéraux démocratiques face à la victoire de Berlusconi en 1994, qui, avec les transformations de la loi électorale en 1993, marquerait, selon l'opinion courante, le passage à la " deuxième République ". Ma recherche suggère plutôt que 1994 a été le retour à une culture antipolitique longtemps refoulée, que Berlusconi a bien su interpréter et représenter, tant dans ses télévisions que dans sa propagande politique directe. En revanche à mon avis, c'est la défaite des référendums de 1995 pour l'abrogation du duopole télévisuel et pour la limitation de la publicité (§.3) qui montre des indices bien plus forts de son hégémonie en tant que personnage public et " commanager " (" communication manager " - P. Musso), mais les politiciens traditionnels ont de graves responsabilités en ce qui concerne les origines du duopole et le développement de son hégémonie télévisuelle (§.4). Dans le §.5,6 et 8 j'expose les deux clefs d'interprétation de l'histoire de la néo-télévision qui guideront ma recherche surtout dans les ch. 5, 6 et 7 : l' " effet Meyrowitz " et l' " l'effet Chomsky " (les guillemets sont nécessaires car je ne prétends pas qu'il s'agisse de théories pouvant être universalisées et formalisées, mais seulement de critères pour l'organisation et l'interprétation des données historiques). La première suggère la possibilité que la néo-télévision en Italie ait stimulé la perte progressive de l'aura, du prestige et de l'autorité des parents, des politiciens et en général des adultes. La théorie de Meyrowitz, inspirée à la sociologie dramaturgique de Goffman, visait à expliquer l'époque des mouvements de la contestation en Amérique par le biais de la diffusion de la télévision parmi les familles américaines (50% environ d'entre elles avaient un poste en 1954). Mais le recours à la paléo-télévision ne peut pas donner de contributions importantes à la compréhension de ces mêmes mouvements en Italie : elle y était moins répandue, avait beaucoup moins d'heures d'émission, avait une seule chaîne au début et au maximum deux, etc. ; et de toute façon beaucoup d'autres stimulations (la contagion étrangère, p.ex.) se sont manifestées. La néo-télévision en revanche a constitué un changement rapide qui a concerné tous les aspects (heures d'émission, nombre de chaînes,etc.), donc ont peut s'attendre à une ultérieure perte de prestige des adultes, mais dans une forme différente par rapport à la contestation. L' " effet Chomsky " peut intégrer l' " effet Meyrowitz ". Selon Chomsky, les médias qui vivent de publicité doivent " produire " (je dirais : attirer, sélectionner, former) leur public, qu'ils devront " vendre aux annonceurs ". Les grilles de la néo-télévision seront donc au service des exigences des ces derniers. Il ne s'agit certes pas d'une idée nouvelle, ni d'une idée de Chomsky seulement, qui l'emploie de façon apodictique dans sa polémique contre les media mainstream :,elle est partagée entre autres par Antonio Pilati, avec une intention décidemment apologétique (cf. §.8). Naturellement cet " effet " est encore moins déterminable de manière scientifique, car la formation concerne notamment en tant que telle la longue période, est le résultat de trop de facteurs croisés, et ses conséquences sont difficilement prévisibles, sinon carrément imprévisibles. Néanmoins les attitudes des italiens envers la publicité et les marques ont changé depuis de façon si radicale (comme on le voit dans les sondages Eurisko) que l'on ne peut que les mettre en relation avec le développement contemporain de la néo-télévision. En outre la publicité adressée aux enfants vise à en faire des consommateurs autonomes par rapport à leurs parents et renforce l"effet Meyrowitz.". Les deux effets tendent à faire de la télé un curriculum éducationnel autonome. Dans le §.10 je propose quelques modifications à l'idée de M.Panarari d'"hégémonie sub-culturelle" de Berlusconi : la néo-télévision et les gossip magazines s'adressent à des sub-cultures populaires spécifiques et dialoguent avec elles, tandis que l'hégémonie traditionnelle descendait des grands intellectuels, passait à travers les maisons d'édition et les journaux, pour s'adresser surtout aux " intellectuels de base " (du prêtre à l'enseignant, au militant de parti, au licencié en général...), qui d'une façon ou d'une autre portaient les messages aux citoyens communs par le biais de la "conversation démocratique". Dans les derniers paragraphes je développe l'idée que l'inefficacité du système formatif public n'est pas un problème seulement pour les droits sociaux des personnes moins aisées, mais, lorsqu'il y a une hégémonie des annonceurs et des télévisions sur l'éducation, ça l'est aussi pour le fonctionnement correct du système démocratique et pour la liberté de tous. CH.2. LES CATÉGORIES D'INTERPRÉTATION : COMMUNICATION DÉMOCRATIQUE ET FORMATION DES CITOYENS À LA DEMOCRATIE Dans le deuxième chapitre, en m'inspirant à la philosophie politique d'Habermas, je propose un modèle de circulation démocratique de la communication et du consensus qui est beaucoup moins exigeant que la " sphère publique bourgeoise " habermasienne. Dans une telle sphère, dans une situation de concurrence parfaite, tant parmi les idées que parmi les citoyens (bourgeois) qui argumentent librement sur les premiers journaux londoniens, l'opinion publique est idéalement en chemin vers le savoir et, en se manifestant, elle constitue une critique et une correction permanente à l'action du gouvernement (§.1). L'extension du droit de vote à tous n'a pas réussi à étendre à tous même la sphère publique. En acceptant cette situation de fait, le modèle proposé fait une distinction entre les sphères différentes de la circulation des idées : celle scientifique, qui concerne une élite, celle journalistique, qui concerne aussi les " intellectuels de base ", et la " conversation démocratique ", qui concerne ces derniers et les citoyens communs. Entre ces systèmes de circulation il n'y a pas d'égalité de ressources informationnelles et de compétences interprétatives. En outre, les citoyens communs peuvent envoyer aux sommets de la société seulement des signaux extrêmement simples : le vote, la grève, la protestation... Ils peuvent exprimer seulement a posteriori leur consentement ou leur dissentiment aux propositions qui viennent d'en haut (§. 2-3). Ce cadre politique est conforme au principe libéral du gouvernement avec le consensus populaire, même sans participation directe à la formation de l'opinion (comme dans la sphère publique bourgeoise). Mais il n'empêche d'espérer une extension postérieure de la participation grâce au progrès de l'instruction publique -prévue par les constitutions démocratiques- et des moyens de communication, et il ne nous contraint pas à abandonner projet originaire des lumières. Toutefois même ce modèle moins exigeant a besoin non seulement de la liberté de circulation des idées et des information dans les journaux de qualité, lus par les intellectuels de base, mais aussi d'un niveau culturel minimum de la part des citoyens communs et de la possibilité d'un dialogue entre ces derniers et les intellectuels de base, pour que le consensus soit toujours un consensus rationnel informé. Si la confiance dans les intellectuels de base en général s'amoindrit, les citoyens politiquement non compétents perdent une ressource importante d'information et d'évaluation. Et cela peut se passer par exemple dans la mesure où les hypothèses du chap.1 s'avèrent à propos de la perte de confiance dans les adultes -appliquées aux intellectuels de base et aux enseignants en particulier- à cause entre autre du développement de la néo-télévision. CH.3. FORMATION DES CITOYENS, ESPACE PUBLIC ET CONVERSATION DEMOCRATIQUE EN ITALIE DE L'UNIFICATION À 68 Ce chapitre, ainsi que la première partie du suivant, parcourt l'histoire de la société italienne à partir de l'unification pour comprendre combien elle s'est rapprochée des standards du modèle proposé dans le chapitre 2. J'étudie en parallèle l'histoire des médias et l'histoire de l'école pour comprendre quelles ressources informationnelles a eu la conversation démocratique au fil du temps. L'Italie unie se trouve dans une situation tragique d'arriération culturelle par rapport au reste du monde occidental. Selon les estimations au moment de l'unification, l'italien était compris et parlé par un pourcentage de la population entre 2,5% et 10%, et les analphabètes étaient 78%. L'Italie en 1874 déclarait officiellement (probablement en sous-estimant le phénomène) 48% d'analphabètes, contre 15% de l'Angleterre, 8,7% des États-Unis, 2% de l'Allemagne, 1% des pays scandinaves. En outre le pays était partagé en deux : certaines régions du Nord avaient 35% d'illettrés en moins qu'au Sud et, avec la politique nationale de scolarisation primaire, les distances dans certains cas auraient même augmenté, malgré le progrès général. En revanche, l'Italie a eu toujours trop de licenciés par rapport à ses potentialités d'emploi, car les études supérieures étaient le moyen typique employé pour la mobilité sociale dans une société bloquée pour beaucoup d'aspects. Beaucoup de ces intellectuels de base frustrés ont guidé des formes d'opposition extra-parlamentaires. En outre, l'appartenance à des classes sociales précises ou à des milieux politico-culturels tels que le milieu catholique ou socialiste limite le dialogue et entrave le pluralisme des idées. La tradition classiciste avait aussi la fonction de freiner l'accès à l'école des classes inférieures : on a dû attendre cent ans environ (1962) pour la réalisation d'une école publique unique pour les élèves âgés entre 10 et 13 ans, proposée après l'unification. Pendant le processus d'industrialisation, la librairie et toutes les industries culturelles ont manifesté de fortes tendances à la concentration. En même temps, les grands oligopoles industriels (au sens strict) essayaient de contrôler les journaux les plus importants. Tout cela concerne évidemment l'information et la formation des intellectuels de base. Dans une telle situation, on ne peut pas dire, même pour la période qui précède immédiatement le fascisme, après l'introduction du suffrage universel masculin en 1912, que le pays est conforme aux standards du modèle. C'est après le fascisme qu'il se rapproche beaucoup de ces standards : les analphabètes sont désormais 8% en 1951, les diplômés et les licenciés augmentent et la diffusion progressive -dès 1954- de la paléo-télévision, qu'on regardera dans tous les cafés du pays, rend la langue italienne, la véritable langue universelle. Mais la guerre froide et l'appartenance de classe et de culture politique continuaient à diviser les catholiques des socialo-communistes et des laïcs-libéraux. Enfin la détente et le Concile Vatican II rendront possible une " conversation démocratique " plus large et une plus grande approximation au modèle jusqu'à ce moment-là. Les mouvements de 68 et des années soixante-dix, ainsi que le climat créé par le terrorisme rendront de nouveau difficile le dialogue entre une partie des intellectuels et les citoyens communs. En outre, la contestation apporte un grand contre-coup à l'autorité des adultes, des politiciens et des enseignants, de façon fondamentalement indépendante de l'" effet Meyrowitz ". Mais la contestation a porté aussi à la diffusion d'un sens commun laïc et libertaire, qui pousse les Non à la victoire des référendums pour l'abrogation du divorce (1976) et de l'avortement (1981). L'hebdomadaire "L'espresso" et le quotidien "La repubblica" sont les médias lus par les intellectuels de base progressiste mais détachés des idéologies, qui exercent une fonction de leadership dans ce domaine. CHAP. 4. FORMATION DES CITOYENS, ESPACE PUBLIC ET CONVERSATION DEMOCRATIQUE EN ITALIE DE 68 À LA CRISE DE LA PREMIÈRE RÉPUBLIQUE À la veille des années quatre-vingt, le progrès général n'élimine pas encore les différences entre les écoles septentrionales et les écoles méridionales, et entre les taux d'abandon scolaire du Nord et du Sud. Le développement urbain désordonné et l'inefficacité des services et des transports sont les résultats d'un développement tant rapide que chaotique et inégal. Ainsi, à cause aussi de cette situation beaucoup d'enfants seront laissés seuls à la maison avec le poste de télé. La poussée libertaire de 68 et les revendications libre-échangistes de beaucoup d'entrepreneurs sont à l'origine de la naissance d'un grand nombre de radios libres et d'un nombre certes plus limité de " tivù private " (télés privées). La densité des télés par rapport aux habitants deviendra en quelques années supérieure à celle des USA. La Rai, réformée en 1975, essaye bientôt de réagir à la concurrence. Le programme " Portobello " dès 1977 met en scène le sentimentalisme familial, les human-interest stories, et le petit marché du coin à mesure d'homme. Les paragraphes 3-9 sont consacrés à des sondages et à des analyses sociologiques et anthropologiques qui enquêtent sur le caractère national italien avant la néo-télévision : le but est celui d'identifier les aspects qui ont favorisé l'acceptation du " pacte néo-télévisuel " (Casetti - cf. ch.5) et plus tard du message de Berlusconi. Il s'agit de l'antipolitique, de la méfiance envers l'idéologie et envers les intellectuels, de l'individualisme, de la xénophobie et de la peur de ce qui est différent, de la tendance " low and order ", de la défense outrancière de la propriété de famille et de son entreprise, de la conviction que le succès ne dépend que de la connaissance des personnes qui comptent... R.Putnam en revanche a fait ressortir le " capital social " qui existe dans certaines régions du Centre et du Nord, qui est un héritage historique de vertus civiques. CH. 5. NÉO-TÉLÉVISION ET FORMATION Ce chapitre, très long, a pour but (ainsi que les deux suivants) de mettre à l'épreuve les deux clefs d'interprétation (ch.1) sur le développement de la néotélévision. En premier lieu, j'ai examiné les grands sondages Eurisko (§.2) qui témoignent du changement radical d'attitude envers la publicité, les marques et la consommation : entre autre l'attitude favorable à la consommation, selon un sondage de 1993, croît progressivement proportionnellement à l'âge - l'échantillon va de 14 ans à plus de 65 ans. Les sondages Iard (§.3) montrent en revanche l'augmentation progressive de la distance psychologique des enseignants dans la perception des jeunes. Ces données servent seulement à indiquer que quelque chose de semblable aux " effets " Chomsky et Meyrowitz s'est réellement passé. Après il s'agit de voir si les analyses classiques de la néo-télévision italienne peuvent nous expliquer leurs origines. Les paragraphes 4-7 exposeront donc une série d'analyses des contenus télévisuels. F.Casetti identifie les aspects fondamentaux du " pacte communicationnel " de la néo-télévision : entre autres, en position dominante, il y a le " pacte du commerce ", qui nous reconduit à l'esprit de " Portobello " (cf.ch.4). Selon Casetti, la néo-télévision imite les rituels de la vie quotidienne et les transforme en modèles. Le " rituel du commerce " rapproche donc les images quotidiennes de l'échange à celles du sponsor et de la marque. Il fait de l'apparition du sponsor, un rituel quotidien. On peut ajouter que ce processus essaye de faire accepter la grande marque et la grande entreprise par association avec le petit commerce de notre vie quotidienne. M.P.Pozzato analyse le glissement des images du public proposées par la paléo-télévision et ensuite par la néo-télévision et montre qu'il est représenté comme de plus en plus infantile au niveau émotionnel et de plus en plus pauvre en compétences et en connaissances réelles (dans le ch. 7, on parlera d'une tendance à l'infantilisation du public réel), mais surtout de plus en plus en tant qu'expert et fan des vedettes et des marques. Dans les jeux à quiz et dans les talk shows il affiche de la confiance surtout dans la chance, dans le look et dans la connaissance des personnes qui comptent. N. Rizza montre que le grilles s'adaptent aux exigences des annonceurs. Il s'agit) en premier lieu d'exigences de vente, mais il peut s'agir aussi d'intérêts stratégiques et de valeurs (Berlusconi bloque un programme réalisé dans ses studios qui faisait de l'ironie sur la publicité). Les paragraphes 8, 9 et 10, s'occupent surtout d'analyses du public télévisuel des enfants et des adolescents, dont certaines sont des enquêtes qualitatives (le paragraphe 10 compare différentes typologies d'adolescents consommateurs de télé). Par rapport à la gravité du problème, il faut remarquer que le matériel qu'on a produit est très maigre. Les résultats nous montrent un public juvénile au sein duquel il y a de grandes différences : ceux qui choisissent les produits en pensant à la publicité, qui prennent au sérieux les talk show dont les histoires sont évidemment inventées, qui regardent la télé trop longtemps, etc... sont une minorité, quoique importante, et souvent sont des défavorisés du point de vue social, culturel ou personnel-familial. Un groupe plus nombreux est celui de ceux qui s'inquiètent beaucoup de leur look, aiment les marques en tant que signes de distinction, ou sont des fans du star system. Mais il y a aussi un groupe relativement nombreux qui refuse le consumérisme et n'est pas trop intéressé aux marques et au look : une Italie divisée. Enfin, il semble que la théorie de Meyrowitz doit être intégrée ou substituée par d'autres : contrairement aux télés américaines des années cinquante, dans certains cas avec la néo-télévision, la dévalorisation des adultes est évidente et intentionnelle, comme dans certains programmes pour adolescents, ou comme dans la publicité pour les enfants, qui exalte leur autonomie. En outre la perte de prestige et d'autorité des adultes est probablement plus en relation avec la compétence médiatique supérieure acquise précocement par les enfants qu'avec la " découverte des arrière-scènes " goffmaniennes. CH. 6. LA VEDETTE BERLUSCONI ET SON HÉGÉMONIE Dans le ch.4, j'ai exposé des enquêtes sur le caractère des italiens, qui sont évoquées ici pour essayer d'expliquer la culture des télévisions de Berlusconi et l'attitude de complicité que beaucoup d'italiens ont eu à son égard, lorsqu'il n'était qu'un entrepreneur et lorsqu'il est devenu un politicien (§.1 et passim). À propos de sa stratégie télévisuelle, j'expose certains aspects de l'analyse de Freccero rapportée chez Martini 1985 (§. 4). Canale 5, " la télé pour les familles ", se présente comme une nouvelle version privée de la tradition de la Rai, dont beaucoup de vedettes ont été engagées en exclusivité par Berlusconi. Il encourage le développement du star system axé sur la télé, par le biais aussi d'une collaboration étroite avec " Tv sorrisi e canzoni ", l'hebdomadaire populaire plus vendu en Italie, qu'il achète. Italia 1 s'adresse en revanche à un public jeune, tandis que Retequattro pendant la journée s'adresse aux ménagères et le soir, cette chaîne à une fonction de contre-programmation en coordination avec les autres chaînes de Fininvest. Berlusconi contrôle trois réseaux nationaux : en ce qui concerne la publicité cela lui permet une politique diversifiée et efficace, qui comporte aussi, au niveau culturel, le fait que ses télés fidélisent des publics différents et dialoguent avec eux, toujours en se référant à l'image du " commanager " unique. Au demeurant, pendant les années quatre-vingt il était déjà un personnage public national de premier ordre, plus connu que n'importe quel autre entrepreneur et associé aux vedettes de son star system sur les couvertures de " TV, sorrisi e canzoni " (§.2 et 3). Mais l'hégémonie culturelle " horizontale " de Berlusconi et de la néo-télévision reste toujours incomplète, et sa " descente dans l'arène " politique provoque une opposition délégitimante de la part des mouvements et des associations -plus encore que de la part de ses adversaires parlementaires (§.6 et 7). Tant la liberté et le pluralisme dans l'information, que la conversation démocratique (à cause des distances sub-culturelles et de la perte de prestige des intellectuels de base) s'éloignent des standards du modèle, et il est difficile d'appeler consensus rationnel et informé notamment celui des référendums de 1995. CH.7. TRANSFORMATIONS PSYCHOLOGIQUES À L'ÉPOQUE DE LA NÉO-TÉLÉVISION : INFANTILISATION ET FORMATION DES CITOYENS La première partie du ch. expose les témoignages de quelques témoins privilégiés à propos des transformations psychologiques des italiens à partir de l'époque de la néo-télévision, ainsi que le débat entre le psychanaliste Recalcati et G. De Rita, président de l'institut Censis, sur le même sujet, mais en se référant à l'époque de la présence de Berlusconi en politique. Infantilisation, forte identification aux marques et aux vedettes, culte du shopping, narcissisme ésthétisant, tendance à la disparition de l'autorité paternelle et recherche illimitée de la jouissance, perte progressive de l'impulsion à désirer et à projeter : ce sont les tendances identifiées par les témoins et les auteurs cités. Ces tendances paraissent en contradiction avec l'attitude et l'idéologie de la compétitivité néo-libérales, aujourd'hui dominantes (Casiccia). Cette contradiction est à mon avis résolue du moins en partie justement par le narcissisme et par son illusion d'omnipotence.
1 :  GRESEC - Groupe de Recherche sur les Enjeux de la Communication
néotélévision – formation du citoyen – hégémonie – deuxième république - Italie – publicité – Berlusconi – Meyrowitz – Chomsky – Habernas

Mediated Citizen's Formation in Italy during Transition to Second Republic
CHAPTER 1. THE "ITALIAN CASE": THE CRISIS OF DEMOCRACY AND THE CRISIS OF CITIZENS' DEMOCRATIC EDUCATION The first chapter summarises and anticipates most of the research topics. Paragraphs 1 and 2 show the surprise and perplexity of some pre-eminent liberal-democratic intellectuals facing Berlusconi's victory in 1994, which, along with the transformation of the electoral law in the previous years, mark out the passage to the "second republic" according to the current opinion. My research suggests that 1994 instead marked the return to an anti-political culture which was repressed for a long time and Berlusconi was able to interpret and represent, both in his television channels and in the direct political propaganda. I believe that the defeat of the referendum in 1995 for the repeal of television duopoly and the limitation of advertising (§.3) are, on the other hand, a much clearer clue of his hegemony as public figure and "commanager" ("communication manager" - P. Musso), but traditional politicians are highly responsible for the origin of the duopoly and his achievement of "neotelevision" (Casetti-Odin) hegemony (§.4). In §.5, 6 and 8, I expound the two keys to understand the history of "neotelevision" (Casetti-Odin) which will guide my research especially in chapters 5, 6 and 7: the "Meyrowitz effect" and the "Chomsky effect" (quotation marks are necessary because I do not expect them to be theories which can be formalised and universalised, but they can only be clues for the organization and interpretation of historical data). The first theory suggests the possibility that "neotelevision" in Italy caused the progressive loss of aura, prestige and authority of parents, politicians and adults in general. Meyrowitz theory, inspired by Goffman's dramaturgical sociology, aimed to explain the rise of protest movements in America with the widespread of television sets among American families (almost half of them had a television set in 1954). Nevertheless "paleotelevision" in Italy cannot significantly explain these same movements: it was less widespread, it had a smaller amount of hours of transmission, it had only one channel at first, then two...; in addition to this many other stimuli (starting from the "contagion" of the movement from abroad) appeared at that time. On the contrary "neotelevision" was a sudden change which concerned all the variables (hours of transmission, channels, etc...), therefore a further loss of adults' prestige could be expected from it, but in a form different from protest. The "Chomsky effect" can integrate the "Meyrowitz effect". According to Chomsky, media that lives off advertisement have to "produce" (I would say: attract, select, shape) the public, which then they will have to "sell to advertisers". Program schedules of "neotelevision" will be, therefore, at complete disposal of the advertisers' demands. It is certainly not a new idea, nor an idea had only by Chomsky, who uses it in an apodictic way against media mainstream: among others Antonio Pilati shares this idea, but with an apologetic intent (cf. §.8). Of course this "effect" is even less scientifically definable, because the educational process itself requires a long period of time, it is the result of too many crossed factors and its consequences are considered to be hardly predictable, or even unpredictable. Nevertheless, from those years, Italians' attitude towards advertising and brands has gone through changes so drastic (as evidenced by Eurisko researches) that we cannot avoid relating them to the contemporary development of "neotelevision". Moreover advertising targeting children and youngsters aims to make them consumers that are independent from their parents and to some extent it reinforces the "Meyrovitz effect". Both the "effects" aim to develop television as independent educational curriculum. In §.10 M. Panarari's idea of Berlusconi's "sub-cultural hegemony" is resumed and modified. "Neotelevision" and gossip magazines directly target specific popular subcultures and they interact with them. Adversely, the traditional hegemony used to start from great intellectuals going through publishing houses and newspapers to get to "base intellectuals" (from the priest to the teacher, to the party militant, to graduates) who, in one way or another, delivered the message to the common people through "democratic conversation". In the latter paragraphs I develop the idea that the inefficiency of the public educational system isn't only a problem for the social rights of less well-off people, but, if advertisers and television wield their hegemony over education, it is a problem also for the proper functioning of the democratic communication system and for everyone's freedom. CHAPTER 2. INTERPRETATION CATEGORIES: DEMOCRATIC COMMUNICATION AND CITIZENS' DEMOCRACY EDUCATION In the second chapter, taking inspiration from Habermas political philosophy, I try to outline a model of democratic circulation of communication and consensus which is however a lot less demanding than the Habermasian "bourgeois public sphere". In this sphere, in a situation of perfect concurrence between ideas and citizens (bourgeois) who can freely express themselves through the major London newspapers, public opinion is ideally set towards knowledge and it represents a continuous and critical corrective to government actions (§.1). The extension of voting rights to everyone hasn't in fact managed to extend the bourgeois public sphere to everyone. Accepting this as an established fact, the proposed model separates different spheres of circulation of ideas: the scientific, which concerns an elite, the journalistic, which concerns the "base intellectuals" too, and the "democratic conversation", which concerns these last ones and common citizens. Among these circulation systems there is no equality in information resources and interpretation competences. Besides common citizens can only send extremely simple signals to political top brass: vote, strike, protest, etc... Therefore they can only express their consensus or dissent on the proposals coming from above in retrospect (§. 2-3). This political setting is consistent with the liberal principle of government with popular consensus, even without direct participation to the opinion moulding, as in the bourgeois public sphere. However it doesn't prevent hoping on a following extension of participation thanks to the progress of public education, prescribed by democratic constitutions, and of communication media. It also doesn't completely force giving up the original Enlightenment project. Nevertheless even this less demanding model in order to work needs, not only free circulation of ideas in quality journalistic information for "base intellectuals", but also a minimum cultural level from common citizens and a possibility of dialogue between them and base intellectuals, so that the consensus can always be a rational and informed consensus If the trust in base intellectuals fails for some reason, the citizens which are politically incompetent lose an important resource for information and evaluation. This could happen, for example, inasmuch as the hypothesis formulated in chapter 1 were to come true, in regard to the loss of trust in adults - applied to base intellectuals in general and teachers in particular - because of the development of neotelevision among other reasons. CHAPTER 3. CITIZENS EDUCATION, PUBLIC SPACE AND DEMOCRATIC CONVERSATION IN ITALY SINCE UNIFICATION TO '68 This chapter, like the first part of the following, chronicles the history of Italian society since unification onwards in order to understand how much it came close to the standards of the model proposed in chapter 2. The history of media and history of schooling are examined in parallel, in order to understand which information resources are available for democratic conversation. United Italy finds itself in a tragic situation of cultural backwardness compared to the rest of Western world. According to estimates, the Italian language at the time of unification was understood and spoken by a percentage of the population between 2,5% and 10%, the percentage of illiterate people was 78%. Italy in 1874 officially declared (probably underestimating the phenomenon) that 48% of the population was illiterate, compared to the 15% of England, 8,7% of USA, 2% of Germany, 1% of the Scandinavian countries. Besides the country was split in two: some regions in the North in 1861 had 35% of illiterate people less than Southern regions and, with the national policy of literacy diffusion, the distance in some cases was even increased, in spite of the general progress. In contrast, Italy had always had too many graduates compared to the employment potential, high studies being the typical way for social mobility in a society blocked in many ways. Many of these frustrated "base intellectuals" lead forms of extra-parliamentary opposition. In addition to this, belonging to specific social classes or political and cultural areas such as Catholicism and Socialism limited the dialogue and was preventing pluralism of ideas. Classicist tradition served the purpose to curb the access of the lower classes to school: the institution of the common public school without Latin for the youngsters between 10 and 13, proposed right after unification, had to wait 100 years to be achieved (1962). As to the quality of information and the education of base intellectuals, it has to be taken into consideration that, during the industrialisation process, the publishing and cultural industries showed strong tendencies to concentration, while industrial (in a strict meaning) oligopolies aimed to control the newspaper field. In such conditions, not even in the decades immediately before fascism, with the men universal suffrage (since 1912), we can speak of an adjustment to the standards required by the model. It is after fascism that we get a lot closer to the standards, with the reduction of illiteracy to 8% in 1951, the rise of high school and university graduates and the diffusion of "paleotelevision". "Paleotelevision" from 1954 was watched in every coffee bar and in just a few years stimulated the popular use of Italian language, making it finally understandable to everyone. The Cold War and class and cultural belonging continued to divide Catholics from social-communists and liberal laymen. At last the detente and the Second Vatican Council allow a larger democratic conversation and the maximum approximation to the model reached until then, The '68 and the 70's movements, as well as the atmosphere set up by terrorism, once again made the dialogue difficult between a part of the intellectuals and the common people. The protest also strongly affected adults, politicians and teachers' authority, in a way that is substantially independent from the "Meyrowitz effect". Nevertheless the protest also brought the diffusion of a lay and libertarian common sense, which expressed in the victory of "No" in the referendum for divorce abrogation (1975) and abortion abrogation (1981). "L'espresso" and "La repubblica" are the media read by liberal "base intellectuals", unlinked to ideology and they wield a function of leadership in this sector of the public opinion. CHAPTER 4. CITIZENS EDUCATION, PUBLIC SPACE AND DEMOCRATIC CONVERSATION IN ITALY SINCE 68 TO THE CRISIS OF THE FIRST REPUBLIC On the threshold of the '80s, the general progress does not remove the diversity between northern and southern schools and between the northern and southern school drop-out rates. Sudden sprawling urban development and the inefficiency of services and transport will be paid for by many children left at home in front of the TV. The libertarian thrust of 68 and the liberalistic claims from many entrepreneurs lead, around the second half of the 70's, to the birth of a big amount of free radio stations and a smaller amount of "tivù private" (private TV channels). The number of TV channels will soon be higher than the number in the USA in relation with the population. The Constitutional Court in 1976 grants the right to these radio and TV channels to broadcast on local level. Rai (Italian State Television), reformed in 1975, soon tries to react to the competition. The TV program "Portobello" since 1997 put up on a show family sentimentalism, human interest stories and people-friendly market, anticipating neotelevision. Paragraphs 3-9 of this chapter are dedicated to surveys, sociological and anthropological analysis which inquire into the Italian national character before neotelevision: the aim is to identify the traits which favoured the acceptance of the "neotelevision pact" (Casetti, cf. cap.5) and later on of Berlusconi's message. It's about anti-politics, about mistrust towards ideology or towards intellectuals, about individualism, about xenophobia and fear of diversity, about the "law and order" tendency, about locking oneself away in order to defend one's family or business property, about the belief that success depends on getting to know influential people. R. Putnam on the other hand highlighted the "social capital" present in some northern and southern regions as an historical heritage of civic virtues. CHAPTER 5. NEOTELEVISION AND EDUCATION This very long chapter aims (as the two following ones) to put the two keys for interpretation (chapter 1) of neotelevision development to the test. First I examine the great Eurisko surveys (§.2) which attest a radical change of attitude towards advertisement, brands and consumption: moreover the attitude favourable to those things, in a 1993 survey, turns out to be progressively increasing in proportion to the age of a sample between 14 and 65 year olds. Iard surveys (§.3) instead show the progressive increase of the psychological distance of teachers in students perception. This data is useful to point out that something similar to what I called "Chomsky effect" and "Meyrowitz effect" happened. We need to see if classical analysis of Italian neotelevision gives us some indication about their real origins. Paragraphs 4-7 will resume a series of analysis of television content from that time. F. Casetti identifies the fundamental traits of the "communicative pact" of neotelevision: among them, in a leading position, there is the "commerce pact", which takes us back to the spirit of "Portobello" (cf. chapter 4). According to Casetti, neotelevision imitates everyday life rituals and transforms them into models. The "commerce ritual" matches the daily images of exchange with those ones of sponsors and brands, it makes the appearance of the sponsor a moment of daily ritual. We can add that this procedure makes the big brand and the big enterprise accepted because of the association with the small commerce of our everyday routine. M.P.Pozzato analyses the shifting of the images of the public audience proposed by paleotelevision and then by neotelevision and he shows how the public is represented as more and more childish on the emotional level and more and more poor of competences and knowledge (in chapter 7 I will write about a tendency to the "infantilization" of the real public audience), but most of all more and more expert and fan of stars and brands. In quizzes and talk shows it counts more and more on luck, looks and connections with influential people. N. Rizza shows how the TV schedule adapt to the advertisers' needs, which are most of all selling needs, but can also be linked to strategic interests and values (Berlusconi stopped a finished program, shot in his studios, because it was making fun of advertising) Paragraphs 8,9 and 10 concern analysis of the TV children and teen audience, some of them based on qualitative research (paragraph 10 compares different typologies of teen TV consumers). Compared to the seriousness of the problem, the material available is very little. The results show us a very diverse young audience: those who ingenuously believe advertising, who take clearly made up talk show stories seriously, who watch television for too long, etc...These youngsters are a minority, even if substantial, and are often in conditions of social, cultural or family distress. The larger group is made by those who are highly worried about their looks, they love brands as signs of distinction or they are assiduous fans of the star system. Nevertheless there is a group, not small, which refuses consumerism and it isn't particularly interested in looks: a divided Italy. Meyrowitz theory in the end looks like it should be integrated or substituted by others: unlike American TV channels from the 50's, in neotelevision in some cases the debasement of adults is open and intentional, as it is in some TV programs for teenagers, or the autonomy of children is enhanced in advertisement. Furthermore the loss of prestige and authority of adults is probably more related to the superior media competence precociously acquired by children than to the Goffman "backstage discovery". CHAPTER 6. THE STAR BERLUSCONI AND HIS HEGEMONY In chapter 4 I laid out some of the research on the character of Italians, which are resumed here to explain the culture of neotelevision by Berlusconi and the attitude of complicity that many Italians had towards him, both when he was a businessman and when he became a politician (§.1 e passim). On his TV strategy I resume in great measure the analysis of Freccero in Martini 1985 (§.4). Canale 5, TV channel for families, represents a private and "free" reproposal of the Rai tradition; many of the stars which used to work for Rai have been hoarded with exclusive rights by Berlusconi. He encourages the development of the star system centred on television, also thanks to the tight collaboration with the popular magazine (best seller in Italy) "TV, sorrisi e canzoni" (which he bought). The channel Italia 1 caters specifically to a young audience, while Retequattro is targeted at housewives in the all day and to act as a stopgap for the prime time. Berlusconi controls three national TV channels: on an advertising level this allows him a diverse and efficient policy which also involves, on a cultural level, the retention of different audiences by his TV channels while he always maintains the image of the only "commanager". After all in the 80's he was already a national front-rank public figure, better known than any other businessman and associated on the covers of "TV, sorrisi e canzone" to the stars of "his" star system. (§.2 e 3). However the "horizontal" cultural hegemony of Berlusconi and of neotelevision is still incomplete and his "entering the field" of politics generated a delegitimizing opposition from movements and citizens' associations - more than from his parliamentary opponents (§. 6 e 7). Both freedom, pluralism of information and democratic conversation (for sub-cultural distances and the loss of prestige of intellectuals) are far from the standards of the model and it seems hard to talk about rational and informed consensus, especially about the referendum in 1995. CHAPTER 7. PSYCHOLOGICAL TRANSFORMATIONS AT THE TIME OF NEOTELEVISION: "INFANTILIZATION" AND CITIZENS' EDUCATION The first part of the chapter lays out the testimonies of some privileged witnesses about the psychological transformations of Italians starting from the time of neotelevision, as well as the debate between the psychoanalyst Recalcati and Giuseppe De Rita, president of the Censis Institute, on the same subject, but instead with reference to the presence of Berlusconi in the political sphere. Infantilization, strong identification with brands and stars, shopping cult, aesthetic narcissism, tendential disappearance of the father authority, endless search for pleasure, progressive loss of the dimension of desire and life project are the tendencies identified by the witnesses and authors quoted. These tendencies seem to be in contrast with the neoliberal attitude and the ideology of competition, now prevailing (Casiccia). This contradiction, in my opinion, is partially resolved by narcissism and by its illusion of omnipotence.
neo-television – citizen's formation – hegemony – Italy's second Republic – advertising – Berlusconi – Meyrowitz – Chomsky – Habermas.