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Textes et Contextes, 6 (2011) non paginé
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Unitarisme, conscience identitaire et résistance dans l'Aragon franquiste : discours et réalités
Fausto Garasa1

Le discours franquiste se caractérisait par l'affirmation d'un nationalisme unitaire. Malgré l'influence des droites catholiques et la phraséologie empruntée au phalangisme, il était avant tout pragmatique et se limitait à légitimer une guerre et un pouvoir. L'Aragon, comme les autres régions d'Espagne, subit ce discours érigé en propagande et mis en scène par l'organisation syndicale unique, les cadres du régime et, bien entendu, par le Caudillo en personne lors de ses visites théâtrales en terres d'Aragon. Bien que le discours unitariste franquiste rejetât division et séparatisme associés aux particularismes régionaux, il ne put nier la diversité des terres et des peuples d'Espagne. Confronté aux réalités, Franco, pour le moins pragmatique, ne nia pas les spécificités locales jugées bénignes. Il sut même, le cas échéant, les instrumentaliser. Il n'en reste pas moins vrai que la propagande franquiste et une indubitable répression mirent à mal une conscience identitaire authentique. L'Aragon, il est vrai, ne possédait pas le patrimoine différentiel de certaines nationalités périphériques. Le régionalisme aragonais d'avant-guerre avait été par ailleurs essentiellement élitiste et donc très minoritaire. Dans un contexte répressif, rien d'étonnant à ce que le discours différentiel fût en Aragon pratiquement inexistant jusqu'à la fin des années 60 et réservé, dans le meilleur des cas, à des élites intellectuelles et bourgeoises proches du régime ou inféodées à ce dernier. Ce ne fut que dans les années 70, dans une atmosphère de fin de règne, qu'eurent lieu les premières manifestations populaires montrant un intérêt sensible pour le fait régional. Dans une Espagne qui réclamait des changements politiques, l'Aragon finit par suivre une dynamique déjà amorcée par les nationalités périphériques. Les luttes contre le transvasement des eaux de l'Èbre et l'installation de centrales nucléaires sur le territoire régional ainsi que le sentiment, chez certains Aragonais, de vivre dans une région humainement et économiquement spoliée allaient constituer un creuset où, sous l'impulsion d'élites intellectuelles et de partis politiques encore illégaux, allait " se façonner " une conscience régionale. Face aux changements apparemment irréversibles, certains cadres du régime et une droite opportuniste tentèrent de composer, se contentant dans bien des cas d'encourager une régionalisation purement technique voulue par le régime. L'opposition antifranquiste multiforme, mais dominée par les tendances marxistes, tout en se défendant de toute visée séparatiste, adopta, quant à elle, un discours éminemment politique où un Aragon victime, colonisé, exploité, pillé par le grand capital et un pouvoir autoritaire et centralisé, ne pouvait trouver son salut que dans un changement de régime et par l'acquisition d'une réelle autonomie.
1 :  ICD - Interactions Culturelles et Discursives
Aragon – Histoire – Franquisme – Politique – Discours