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Fiche détaillée Communications avec actes
Troisième atelier régional du projet Sirma, Nabeul, : Tunisia (2007)
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Quelle approche scientifique des conflits liés à l'eau d'irrigation ?
Annabelle Houdret1

Dans le contexte de la raréfaction des ressources en eau, des effets du changement climatique et de l'augmentation exponentielle des besoins, la concurrence autour de l'eau s'accentue. La région de l'Afrique du Nord et du Moyen Orient sera particulièrement affectée par ces évolutions (de Wit/Stankiewicz 2006 ; WorldBank, 2007) et des conflits même violents entre les usagers deviennent de plus en plus probables. Dans certaines régions, nous assistons déjà à des révoltes contre une alimentation insuffisante en eau potable, à des affrontements entre paysans et nomades ou encore à des disputes entre différents usagers d'eau d'irrigation. Ce dernier type de conflit est particulièrement important car dans cette région, l'agriculture irriguée est le premier consommateur d'eau et donc de plus en plus soumis à des restrictions susceptibles de renforcer la concurrence. D'autre part, les conflits en zone agricole proviennent souvent d'autres dynamiques socioéconomiques en cours et sont donc un bon indicateur des évolutions plus générales dans le monde rural et aident ainsi à mieux comprendre la cohésion sociale. A cause des ses multiples dimensions sociales, économiques et écologiques, nous considérons l'eau davantage comme enjeu de conflits que comme leur objet. Des disputes ayant leur origine dans une marginalisation à long terme de certains groupes de populations peuvent ainsi s'articuler en une concurrence autour de l'accès à la ressource. Notre approche d'analyse des causes profondes des conflits autour de l'eau est donc plus large : elle prend en compte d'une part, la marginalisation écologique de certains groupes de population, et d'autre part, leur marginalisation socioéconomique. Cette approche sera développée ici en trois pas : i) l'identification de la marginalisation dans l'accès à l'eau et l'accès à la terre ; ii) le rôle des facteurs socioéconomiques dans le renforcement des capacités d'adaptation à cette marginalisation ou, au contraire, à leur accentuation ; iii) l'identification des conflits potentiels liés à ces développements et de leurs principaux acteurs. Des indicateurs pour une analyse empirique à travers cette approche et des résultats de leur application dans le cas de la région du Souss au Maroc contribueront à illustrer la démarche.
1 :  Université de Duisburg-Essen