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Fiche détaillée Thèses
Institut d'études politiques de Bordeaux (16/12/2011), Marion Paoletti (Dir.)
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Genre et société numérique colonialitaire - Effets politiques des usages de l'Internet par des organisations de femmes ou féministes en contexte de domination masculine et colonialitaire : les cas de l'Afrique du Sud et du Sénégal
Joelle Palmieri1

Partant de la volonté de nous libérer de définitions techniques, technicistes ou produites dans la sociologie de l'appropriation sociale des usages des TIC afin de qualifier les usages de l'Internet par des organisations de femmes ou féministes en Afrique, nous avons privilégié dans cette thèse les travaux théoriques portant sur le patriarcat et sur la colonialité du pouvoir (ensemble des relations sociales caractérisées par la subalternité - hiérarchisation entre dominants et dominés - produite par l'expansion du capitalisme). Ce parti pris nous a permis de poser un cadre d'analyse opératoire ne plaquant pas des analyses théoriques occidentales, sud-américaines ou asiatiques sur l'Afrique. Il a facilité la façon dont nous avons problématisé la relation entre domination masculine et domination liée à la colonialité de pouvoir, que nous avons nommée colonialitaire, dans un contexte de mondialisation et d'hypermodernité. Les manifestations différenciées de cette relation en Afrique du Sud et au Sénégal nous ont aidé à circonscrire le terrain et le contexte à partir desquels les organisations de femmes et féministes locales utilisent ou non l'Internet. La confrontation de leurs représentations avec le cadre conceptuel est devenue informative et s'est avérée indispensable afin de qualifier la politisation de leurs usages. Il nous est ainsi apparu que l'Internet cristallise parmi les technologies de l'information et de la communication un moyen par lequel la " société de l'information " est le produit comme la production d'une mondialisation hypermoderne où la colonialité du pouvoir et le patriarcat, en tant que systèmes, s'exercent conjointement. Cette conjonction s'exprime par les biais théorique autant qu'empirique. Notamment nous avons observé que l'épistémologie utilisée dans ce cadre renoue avec des constructions traditionnalistes, nationalistes, paternalistes et masculinistes des savoirs en écho à ce que permet cet outil : l'accélération de l'appropriation du corps des femmes, la surenchère rhétorique et politique des dominants, l'institutionnalisation des concepts, l'occidentalisation des pensées, les privatisations en tous secteurs, les concurrences croisées de l'Occident, l'Extrême et le Moyen-Orient sur les terrains tant économique, politique que socioculturel, religieux. Il est alors apparu que les inégalités de genre s'aggravent en même temps que les identités sexuelles à tous les niveaux (État, institutions, population) deviennent souterraines et que les rapports différenciés de " race " et de classe se creusent. Fort de ce constat, nos analyses nous ont mené à réaliser que les femmes de " la base " se retrouvent en situation d'accentuer la prise en charge immédiate de la gestion de l'urgence (augmentation de la pauvreté, des violences, diminution de l'accès aux ressources, à la santé, à l'éducation...), parfois d'accepter leur subalternité tout en la négociant auprès des dominants. Aussi, peu à peu, les nouvelles modalités d'action politique des organisations de femmes ou féministes se sont affinées. Faisant face à une régression multiforme, ces organisations doivent modifier leur approche. L'heure est davantage à la préservation des droits des femmes qu'à leur conquête, à la défensive qu'à la subversion. Souhaitant sortir de ce constat alarmiste ou pessimiste, nous avons cherché à nuancer les manifestations de cette double domination sur le réel et avons opté pour une analyste réflexive des représentations de ces organisations sur le virtuel. Ainsi, des pistes d'innovation dans les usages de l'Internet, en marge d'une vision de la communication principalement en termes de marketing et corporate, ont été mises en lumière. Elles privilégient la visibilité de savoirs non savants de femmes ou de jeunes, dans le but de créer les bases d'une citoyenneté féministe. L'étincelle épistémique provoquée par ce choix nous conduit à la conclusion que ses effets politiques interrogent la démocratie et détrône l'injonction à " être connecté " par l'informalité qui caractérise ce parti pris.
1 :  LAM - Les Afriques dans le monde
Genre – féminisme – domination masculine – colonialité du pouvoir – hypermodernité – mondialisation – subalternité – organisations – usages – citoyenneté – démocratie – épistémologie – technologies de l'information et de la communication – Internet – Sénégal – Afrique du Sud – Afrique

Gender and a "colonialtairian" digital society - Political effects of women's and feminist organizations' usage of the Internet within the context of male and "colonialtairian" domination: the cases of South Africa and Senegal
With our initial intention to be liberated from the definitions -- technical, technocratic or those emanating from the sociology of the social appropriation of ICT uses -- in order to analyze the usage of the Internet in women's and feminist organizations in Africa, we focused in this thesis on theoretical work relating to patriarchy and the coloniality of power (totality of social relations characterized by subalternity -- hierarchization between the dominants and the dominated -- produced by the expansion of capitalism.) This position enabled us to establish a working analytical framework without imposing Western, South American or Asian theoretical analyses on Africa. It also facilitated how we expressed the problematic of the relationship between male domination and the domination inherent in the coloniality of power, which we have called "colonialtairian" in the context of globalization and hypermodernity. The differentiated manifestations of this relationship in South Africa and Senegal helped us delineate the field and context within which local women's or feminist organizations use or don't use the Internet. Comparing their representations within the conceptual framework proved edifying and indispensable in determining the politicization of their use. It thus became apparent that among the information and communication technologies, the Internet crystallizes one means by which the "Information Society" is both the product and the production of a hypermodern globalization in which the systems of coloniality of power and patriarchy function conjointly. This conjunction is clearly evidenced both theoretically and empirically. Especially noteworthy is that the epistemology used in this context reconnects to traditionalistic, nationalistic, paternalistic and male constructions of knowledge echoing what this tool facilitates: a rapid increase of the appropriation of women's bodies, the dominants' rhetorical and political grandstanding, the institutionalization of concepts, the Westernization of thought, privatization in all sectors and criss-crossing competition throughout the West, the Far East and Middle East in economic, political, socio-cultural and religious areas. It then appeared that gender inequalities worsen at the same time as sexual identities on all levels (state, institutions, population) are buried away, while differentiated "race" and class relationships become more pronounced. Encouraged by this assessment, our analyses further show that grassroots women are pushed to take more and more responsibility in dealing with urgent matters (increasing poverty and violence, diminishing access to resources, health, education, etc.), sometimes even assuming their subalternity while using it as a negotiating tool with the dominants. Thus, little by little, women's or feminist organizations have refined new modalities of political action. Facing a multifaceted regression, these organizations have to modify their approach. Today it is more a question of preserving rather than fighting for women's rights, more a question of defense than subversion. So as not to be overly alarmist or pessimistic, we attempted to nuance the reality of this double domination, and opted for a reflexive analysis of these organizations' representations of the virtual. Innovative approaches to Internet usage, at the margins of a vision of communication principally based on marketing and corporate identity, came to light. They encourage the emergence of women or young people's "unlearned" knowledge dedicated to creating the bases of a feminist citizenship. The epistemic spark set off by this choice led us to the conclusion that its political effects not only question democracy but also subvert the command to "be connected" by the informal nature of this preference.
Gender – feminism – male domination – coloniality of power – hypermodernity – globalization – subalternity – organizations – usages – citizenship – democracy – epistemology – information and communication technologies – Internet – Senegal – South Africa – Africa

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